Le quotidien libanais al-Akhbar a rapporté ce mercredi que les forces de Sanaa sont entrées hier dans la ville de Taëz, au sud-ouest du Yémen, progressant graduellement à travers les différents quartiers depuis toutes les directions.
Mardi, les forces de Sanaa avaient annoncé la prise de Jabal Han, la montagne qui surplombe la ville, tout en diffusant les images des combats contre les factions pro saoudiennes.
Selon des sources locales citées par al-Akhbar, les derniers affrontements ont eu lieu sur trois fronts à Taëz: les forces de Sanaa ont progressé au sud, à l’est et au nord de la ville, après avoir sécurisé plusieurs quartiers ouest.
Ces mêmes sources indiquent que les forces d’attaque de Sanaa ont pris le contrôle des zones d’Anqabah, d’Al-Waq’ah et de Jabal Al-Jamimah, à l’ouest de Jabal Sabr, au sud de la ville, y compris plusieurs secteurs du quartier de Sabr surplombant le centre-ville. Parallèlement, les combats se poursuivaient sur les fronts de Sabr, Mashra’ah et Hadnan. Au nord, les combattants d’Ansarullah ont progressé dans plusieurs quartiers, notamment Wadi Al-Zanuj et Asayfirah.
Selon des informations, les forces de Sanaa ont intensifié les affrontements dans la ville, tentant d’atteindre la rue Jamal, au centre, depuis plusieurs directions, sans infliger de pertes civiles importantes.
Selon al-Akhbar, bien que les forces d’attaque soient parvenues, ces derniers jours, à sécuriser les quartiers ouest de Taëz, s’emparant du mont Han, point stratégique, du quartier de l’aéroport, de Hadhran, de Gharab et atteignant le quartier de Bir Basha, les militants soutenant les factions appuyées par l’Arabie saoudite ont reconnu la difficulté de la bataille. Ils ont qualifié l’avancée d’Ansarullah vers la rue Asayfira d’opération de « pénétration et d’infiltration ». Ils ont également confirmé que les combats avaient atteint la rue Al-Arba’een et ont décrit les affrontements qui se poursuivent depuis hier matin à Wadi Al-Zanouj et Asayfira comme « féroces ».
Déclin de la couverture aérienne
Face aux signes croissants de l’effondrement des positions des factions, certains de leurs combattants ont abandonné le combat, notamment en raison du déclin du soutien aérien saoudien et du déplacement des affrontements des abords de Taëz vers la ville même. Selon certaines sources, la couverture aérienne saoudienne était concentrée dans les zones environnantes. Des observateurs ont fait état d’une crise de confiance entre le parti al-Islah et Riyad.
Demande de médiation du parti al-Islah
Al-Akhbar a aussi rendu compte d’une demande de médiation régionale formulée par le parti al-Islah, qui considère Taëz comme son principal bastion dans le nord du Yémen. La proposition du parti prévoit une administration conjointe de la ville entre lui et le mouvement Ansarullah.
Selon des sources diplomatiques à Sanaa, une délégation du parti al-Islah est arrivée à Mascate pour rencontrer la délégation de négociation d’Ansarullah.
Des sources proches d’Hammoud al-Mikhlafi, chef de la faction al-Islah à Taïz, résidant en Turquie, ont rapporté que la délégation du parti porte une proposition relative à un cessez-le-feu, à la réouverture de la route reliant Aden, Taëz et Sanaa, et au partage du contrôle de la ville.
Consciente de mener une bataille perdue d’avance, en particulier après la prise de contrôle par Ansarullah d’une vingtaine de districts dans ce gouvernorat stratégique, qui relie les gouvernorats du nord et du sud et surplombe le détroit de Bab el-Mandeb depuis plusieurs chaînes de montagnes, la faction al-Islah a exigé des garanties que ses dirigeants ne seraient pas poursuivis en justice et que leurs biens ne seraient pas confisqués. Ces derniers sont recherchés par Sanaa pour leur implication présumée dans « des opérations de sabotage » dans d’autres gouvernorats.
Les autorités locales affiliées à Ansarullah ont confirmé qu’un grand nombre de responsables militaires et de chefs de parti ont accepté l’offre de quitter la ville en toute sécurité. Cette décision fait suite à leurs appels répétés, ces deux derniers jours, aux groupes soutenus par Riyad, les exhortant à mettre fin aux violences et à épargner à la ville les conséquences d’une guerre.
Contacts avec les responsables à Taëz
Parallèlement, les forces de Sanaa ont intensifié leurs contacts avec les responsables militaires et sécuritaires ainsi qu’avec toutes les personnalités de la ville, les exhortant à stopper l’escalade. Elles ont également rassuré la population, affirmant n’avoir aucune intention de nuire aux civils et soulignant que les employés des différentes institutions gouvernementales resteraient à leur poste en toutes circonstances. Les autorités locales de Taëz, fidèles à Ansarullah, ont nié avoir fermé les principales voies d’approvisionnement de la ville, une affirmation également relevée par le ministère des Affaires étrangères à Sanaa, dans un communiqué publié en réponse à l’appel du coordinateur humanitaire des Nations Unies au Yémen, Laurent Bukera, demandant l’ouverture urgente de couloirs sécurisés pour permettre l’entrée de biens de première nécessité, de nourriture, de médicaments et de toute l’aide humanitaire à Taëz.
Impasse à Bab al-Mandeb
Sur le front de Ban al-Mandeb, l’impasse des forces pro saoudiennes persiste, rapporte la chaine qatarie Al Jazeera, selon laquelle elles n’ont pas réussi à reprendre le contrôle d’une zone estimée à environ 3 kilomètres carrés, qui comprend des sites stratégiques vitaux, tandis qu’elles tentent de repousser une attaque de grande envergure et une infiltration des forces de Sanaa sur le front de Kahbub dans le sud-ouest du Yémen.
Les monts Kahbub, situés dans le gouvernorat de Lahj, au sud du Yémen, constituent un plateau stratégique dominant le détroit de Bab el-Mandeb et le golfe d’Aden.
Selon le correspondant d’Al Jazeera, la chute de Kahbub entre les mains des forces de Sanaa signifierait nécessairement la chute du détroit de Bab el-Mandeb dans son intégralité, ouvrant la voie à leur avancée vers la région de Ras Amira et le littoral.
Source : Médias