jeudi, 15/01/2026   
   Beirut 09:57

Rajji justifie les agressions israéliennes. Un député du Hezbollah déplore «un échec politique, national et moral ». D’autres réactions

Le député Ali Ammar, membre du bloc Loyauté à la Résistance, a réagi mardi soir aux propos du ministre Youssef Rajji, déclarant : « Les propos du ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, qui vont jusqu’à accorder à l’ennemi israélien le droit d’agresser le Liban et à justifier tous ses crimes contre le peuple libanais, constituent un échec politique, national et moral retentissant ».

Lors d’une interview télévisée accordée à Sky News Arabia, Rajji a déclaré : « La déclaration de cessez-le-feu approuvée par le gouvernement stipule que les armes du Hezbollah seront confinées en échange de l’arrêt des attaques israéliennes. Tant que ces armes ne seront pas totalement confinées, Israël aura malheureusement le droit de poursuivre ses attaques ».

M.Ammar a ajouté : « Au lieu de remplir son devoir naturel de condamner les agressions israéliennes et de déployer ses efforts diplomatiques en défendant la souveraineté et le peuple libanais sur la scène internationale, et en rejetant l’arrogance et l’agression sionistes, nous le voyons justifier les crimes et les massacres perpétrés par les sionistes contre ses propres compatriotes ».

Selon Ammar, « cette déclaration irresponsable, ce relâchement du discours de la part d’un responsable, nuit à l’État libanais et porte atteinte à son image, à son prestige et à sa dignité aux yeux de son peuple, lorsque son ministre des Affaires étrangères se fait le faux témoin des crimes de l’ennemi et les encourage ».

«Cette déclaration dangereuse exige une position claire et ferme de la part du Président et du Premier ministre, ainsi que la fin de ce type de propos qui attisent les divisions internes et ne sert que l’ennemi et ses intérêts », a-t-il insisté

Ammar a exhorté « Rajji à relire attentivement et en détail les termes de l’accord de cessez-le-feu, car il semble les ignorer, et à ne pas adopter le discours de l’ennemi au lieu de la position officielle libanaise. »

Les termes de l’accord stipulent le désarmement de la résistance au sud du Litani et non à son nord. De plus, l’article 2 de l’accord confirme également qu’Israël se doit de s’abstenir d’exécuter des attaques sur le sol libanais, aussi bien contre des cibles civiles que militaires, ou toute autre cible, terrestre, maritime ou aérienne ».  

Ch-Qabalane : Le mur des lamentations est là-bas et pas ici

Ce mercredi, le mufti jaafarite cheikh Ahmad Qabalane a également répondu aux déclarations de Rajji.

« Vos paroles ne reflètent pas votre position, et votre position ne vous reflète pas. La mission du ministère des Affaires étrangères est de protéger les intérêts du Liban, non ceux d’Israël. Le Mur des Lamentations est là-bas, pas ici. Rien n’est plus dangereux pour le Liban que celui qui utilise son autorité nationale pour servir les intérêts de l’ennemi juré de son pays. Le traître n’est pas celui qui se prépare à défendre son pays, mais celui qui le prive des capacités de la résistance et de l’armée, deux piliers essentiels à la survie du Liban. Le danger qui menace le pays ne vient pas seulement de l’ennemi, mais aussi de l’agent local qui lui ouvre la voie. »

Amal : le sang des martyrs n’a pas encore séché

Le mouvement Amal a lui aussi eu son mot à dire via Khalil Hamdane, membre de son conseil présidentiel.

« Il est certes insolite que notre gouvernement ait un ministre des Affaires étrangères qui justifie l’occupation d’une partie du territoire libanais par l’ennemi sioniste, alors que le sang des martyrs et des blessés n’est pas encore séché », a-t-il déclaré mercredi, appelant le gouvernement à « examiner sa position politique et sa déclaration ministérielle : est-elle réellement soucieuse de la souveraineté nationale ou n’est-elle qu’un appendice à ses déclarations ? »

Selon Hamdane, « la résistance a constitué l’alternative et la véritable réponse à l’agression israélienne, à un moment où le Liban était devenu une maison sans toit. Alors que les sacrifices de la résistance s’accroissent et la collusion politique avec l’ennemi sioniste s’insinue au point que le ministre des Affaires étrangères justifie les attaques israéliennes, l’intervention des présidents de la République et du gouvernement est plus que nécessaire pour corriger cette situation. Autrement dit, rien ne semble encourageant quant à l’adoption des options gouvernementales si le gouvernement ignore les déclarations du ministre des Affaires étrangères. »

Haute trahison

Une position très critique à l’égard de Rajji a aussi été exprimée par Cheikh Zouhair Othman Jo’eid, le coordinateur général du Front d’action islamique au Liban qui a réclamé qu’il soit poursuivi en justice pour haute trahison nationale et assistance a l’ennemi ».

La Rencontre des partis, forces et personnalités nationales libanaises a aussi condamné les propos de Rajji. Dénonçant des propos qui « rendent un service inespéré à l’ennemi israélien », elle a demandé au président de la république et au gouvernement de « destituer ce ministre, qui persiste à violer la Constitution, les lois et les déclarations ministérielles ».

Un reportage de la télévision al-Manar a rappelé le passé de milicien de Rajji lorsqu’il était membre des Forces Libanaises qui était encore la milice armée du parti des Phalangistes (Kataeb).

« Il a préservé la même logique qui se veut éliminer les autres, à l’instar de celle des Israéliens… Il adopte à la lettre la logique de Tel Aviv que se veut transformer le cessez-le-feu en un accord sans plafond pour justifier les massacres… Les propos de Rajji sont sans doute pour Israël la meilleure traduction libanaise de son discours politique ».