Les Kurdes ont accusé samedi le pouvoir syrien d’avoir « trahi » un accord entre les deux parties sur le retrait des forces kurdes de parties du nord du pays, et fait état de violents combats avec l’armée syrienne.
Dans un communiqué, les Forces Démocratiques Syriennes(FDS), dominées par les Kurdes, affirment que les forces gouvernementales « ont violé les derniers accords et trahi nos forces alors qu’elles se retiraient » sur deux fronts. Elles font état « de violents combats en cours » et de « bombardements » visant la province de Raqqa sous contrôle kurde.
Les autorités kurdes ont imposé un couvre-feu sur la province de Raqqa, alors que les forces gouvernementales qui progressent ont annoncé leur intention de bombarder des objectifs dans cette zone.
L’armée syrienne a pris le contrôle samedi de parties du nord de la Syrie évacuées sous la pression par les forces kurdes, et des affrontements opposent les deux parties dans un secteur où elles sont encore face à face, selon des correspondants de l’AFP sur place.
Dans un communiqué, l’administration autonome kurde annonce qu' »un couvre-feu total est imposé dans la région de Raqqa jusqu’à nouvel ordre ».
La ville de Raqqa, dans la province éponyme, était la « capitale » du groupe djihadiste Daech (Etat islamique-EI) avant d’être défait par les FDS, soutenues par une coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis.
Combats à Raqqa
Pour sa part, l’armée syrienne a délimité dans un communiqué « une zone militaire fermée » autour de la ville de Tabqa, située sur les bords de l’Euphrate dans la province de Raqqa. Elle a prévenu qu’elle frapperait des cibles des forces kurdes dans la zone, dont une près de la ville de Raqa, et demandé aux civils de s’en éloigner.
Plus tard, elle a annoncé avoir pris le contrôle de trois sites pétroliers, à savoir Safyan, le champ d’Al-Thawra près de la ville d’Al-Tabqa et le carrefour d’Al-Rasafa où elle pris le contrôle de 7 villages, ce qui resserre l’étau autour des FDS à l’aéroport de Tabqa où les FDS ont établi leur base principale dans la région.
Les FDS ont déclaré que leurs forces sont engagées dans de violents affrontements avec des factions affiliées au gouvernement de Damas, suite à leur violation de l’accord signé, dans la zone du champ pétrolier d’Al-Thawra, au sud de la région de Tabqa, qui se trouvait en dehors du champ d’application de l’accord.
L’armée syrienne a annoncé dans un communiqué à la télévision officielle avoir repris samedi le contrôle de 34 « villes et villages » évacués par les FDS.
Le chef de ces forces, Mazloum Abdi, avait annoncé vendredi soir sa décision de retirer ses forces dès samedi d’une zone délimitée par l’armée, entre Deir Hafer, à une cinquantaine de km à l’est de la ville d’Alep, et l’Euphrate, face aux renforts acheminés par l’armée.
Manifs en Turquie
En Turquie, des rassemblements se sont déroulés samedi dans plusieurs villes en majorité peuplées de Kurdes, dont Batman et Siirt, en soutien aux combattants kurdes assiégés dans le nord-est de la Syrie, ont rapporté un correspondant de l’AFP et des médias prokurdes.
A Batman, plus de cent manifestants, dont de nombreux jeunes, se sont retrouvés à l’appel de la branche Jeunesse du parti prokurde DEM, la troisième force au Parlement turc, souligne le site internet d’information Rüdaw Türkce.
Selon cette source, qui diffuse des images de la marche, la police est intervenue pour canaliser la foule, « sans incidents ».
D’autres images montrent des manifestants regroupés derrière des banderoles sur lesquelles est écrit « Le Rojava n’est pas seul », du nom de l’Administration autonome kurde autoproclamée dans le nord et l’est de la Syrie.
Des rassemblements similaires ont eu lieu ces derniers jours dans plusieurs localités de la région, tandis que l’armée de Damas repousse les Forces démocratiques syriennes (FDS, majoritairement kurdes), à l’est de l’Euphrate, après avoir exigé qu’elles évacuent les derniers quartiers d’Alep qu’elles tenaient encore.
Les FDS ont affirmé avoir perdu un certain nombre de leurs combattants samedi, en dépit d’un accord de cessez-le-feu de 48 heures censé leur permettre de quitter deux villes tombées aux mains des autorités syriennes.
Le président intérimaire Ahmad al-Charaa, est déterminé à étendre son contrôle sur l’ensemble du territoire syrien.
Ankara défend le recours à la force
La Turquie lui a apporté son appui malgré un processus de paix en cours depuis un an avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), la guérilla kurde de Turquie, qu’Ankara considère comme affiliée aux FDS.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a défendu jeudi devant la presse « le recours à la force ».
« J’espère que les problèmes seront réglés par le dialogue mais lorsqu’ils ne peuvent l’être par la négociation et de bonne foi, le recours à la force devient malheureusement une option pour le gouvernement syrien », a-t-il déclaré.
Source : Avec AFP
