vendredi, 23/10/2026   
   Beyrouth 06:10

La route de la « victoire » est bloquée : personne n’est prêt à se battre par procuration pour l’Arabie saoudite

Par Hussein Ibrahim

Tout le tapage médiatique qui a accompagné l’envoi de forces arabes et non arabes au Yémen — dont certaines ont une charge symbolique et historique forte, comme les forces égyptiennes — ne change pas grand-chose à la réalité.

Aucun des pays ayant envoyé des troupes ne semble désireux de combattre à l’intérieur du Yémen, du moins officiellement et à grande échelle, pour modifier l’équation en place dans le pays.

En contrepartie, Sanaa n’aspire à frapper l’Arabie saoudite que dans les limites de la riposte aux bombardements et au blocus saoudiens contre les régions sous son contrôle, et pour faire pression sur Riyad afin de mettre un terme à la guerre et au blocus simultanément, et de laisser les Yéménites tranquilles.

Dans cette situation, la fin de la guerre reste subordonnée à la capacité du Royaume à endurer et à s’extirper de l’impasse dans laquelle l’ont plongé les États-Unis — dans le cadre du conflit plus large avec l’Iran —, étant donné que la bataille est menée globalement entre deux grandes alliances, et qu’il incombe à l’Arabie saoudite d’y apporter sa contribution.

L’Arabie saoudite n’a pas réussi, jusqu’à présent, à entraîner les pays alliés avec elle — que ce soit par le biais de coalitions officielles comme le « pacte de la Mecque », qui l’associe à la Turquie et au Pakistan, ou en dehors de telles coalitions, comme l’Égypte — dans la constitution d’une véritable alliance participant à ses côtés à la guerre avec des des contingents massifs à l’intérieur même du Yémen, et modifiant l’équation qui penche nettement en faveur du mouvement Ansarullah.

En réalité, le Royaume ne peut s’offrir avec de l’argent qu’une participation symbolique et inefficace. Amener des armées nécessite des moyens colossaux que Riyad n’est peut-être pas en mesure de fournir, sans compter que les pays alliés eux-mêmes ne peuvent justifier un engagement d’envergure qu’en échange de gains proportionnels à sa taille et aux répercussions qu’il entraîne.

Même l’Arabie saoudite n’a pas envoyé sa propre armée combattre à l’intérieur du Yémen, ce qui peut d’ailleurs être attribué pour l’essentiel à l’incapacité reconnue de l’armée saoudienne à se battre, pour des raisons liées à la structure de l’État — à l’instar des autres États du Golfe —, qui s’est fondamentalement bâtie sur le besoin permanent de tiers pour la défendre en contrepartie de l’exploitation de ses ressources, notamment pétrolières.

Et même en supposant que les pays participant à la guerre fassent abstraction de toutes les réticences internes et engagent leurs armées pour combattre les forces de Sanaa au Yémen, ils ne parviendraient pas nécessairement à renverser la table.

La Turquie, par exemple, ne peut pas faire sur le territoire yéménite ce qu’elle fait en Syrie et en Irak, où elle a déployé son armée pour pourchasser une rébellion kurde ciblant l’État lui-même.

De même, le Pakistan ne peut y combattre de la même manière que sur sa frontière avec l’Inde au Cachemire, où un conflit frontalier perdure depuis de longues décennies et affecte l’intégrité territoriale de l’État.

Malgré cela, l’Arabie saoudite ne cesse de tenter d’impliquer ces pays, comme en témoigne sa volonté d’ouvrir un front frontalier avec les forces de Sanaa — précisément dans les provinces de Saada, Hajjah et Al-Jawf —, visant à attirer ces dernières dans un combat direct avec les forces alliées stationnées à Jizan et Najran, à la frontière du Royaume avec le Yémen.

Au vu de ces données, la guerre semble partie pour se poursuivre sur sa lancée actuelle, les forces de Sanaa pouvant continuer leur progression dans l’ancien Yémen du Nord sans obstacles majeurs.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la bataille de la ville de Taïz, menée actuellement et sur le point d’être tranchée, par les armes ou autrement, à la lumière de l’encerclement qu’elles imposent à la ville et de leur entrée dans certains de ses quartiers intérieurs — ce qui a poussé le parti Al-Islah (affilié aux Frères musulmans) à solliciter une médiation omanaise en vue d’un compromis concernant l’administration de Taïz, et à envoyer une délégation à Mascate pour y rencontrer la délégation négociatrice du mouvement Ansarullah.

En face, Sanaa a besoin, pour mettre fin à la guerre, d’une reconnaissance saoudienne de sa défaite ; elle ne peut en effet remporter la bataille militaire contre l’Arabie saoudite, ni même pénétrer dans les provinces du Sud et de l’Est contrôlées par Riyad, dans la mesure où ces provinces abritent des forces séparatistes aspirant à « l’indépendance » du Sud yéménite, dont le dossier n’apparaît pas opportun à ouvrir pour l’instant, ni militairement ni politiquement.

De surcroît, la question sudiste ne sera peut-être réglée que dans le cadre d’un règlement global de la crise yéménite, ce qui exige, là encore, une participation saoudienne.

Ansarullah est parfaitement consciente de cette réalité. C’est pourquoi elle limite ses exigences au strict minimum, à savoir la cessation de la guerre et la levée du blocus, afin de faciliter la tâche à Riyad, les concessions requises n’étant pas excessives et constituant un droit légitime et dû aux Yéménites.

Cependant, le mouvement ne peut revenir sur ce qu’il considère comme la seule option pour atteindre cet objectif, à savoir la pression militaire et économique à l’intérieur saoudien, au détroit de Bab el-Mandeb et dans les provinces yéménites contrôlées par le Royaume.

Quant à l’Arabie saoudite, elle s’est enfermée dans une impasse dont il lui est difficile de sortir sans ce qu’elle perçoit comme une nouvelle défaite humiliante au Yémen, en particulier après avoir convoqué toutes ces coalitions et troupes pour l’aider à atteindre des objectifs qui s’avèrent inatteignables.

Source : Médias