mercredi, 25/03/2026   
   Beyrouth 09:15

L’Iran aux troupes US : « Nous vous attendons depuis 20 ans ». Mises en garde contre l’intervention terrestre (Médias internationaux)

L’amiral Ali Akbar Ahmadian, représentant du Guide suprême de la Révolution islamique et de la République islamique au Conseil de défense iranien, a répondu aux informations de médias américains selon lesquelles l’administration américaine envisage une intervention terrestre en Iran.

Selon le New York Times, le déploiement de la 82e division aéroportée de l’armée de terre américaine est étudié par plusieurs responsables militaires de haut rang notant la possibilité d’utiliser ces forces pour contrôler l’île stratégique de Kharg, avec l’aide de la 31e unité expéditionnaire des Marines (MEU).

Plus de 90% du pétrole iranien transite via l’île de Kharg, située à une vingtaine de kilomètres des côtes iraniennes.

Axios va même plus loin, en affirmant que son départ vers le Moyen-Orient a déjà été ordonné par le Pentagone, en « prévision d’une nouvelle opération terrestre ».

Depuis 20 ans

« Nous attendons depuis des années que les Américains pénètrent dans les zones désignées », a déclaré l’amiral Ahmadian.

Et d’ajouter : « Depuis plus de vingt ans, nous nous entraînons en prévision de l’entrée des Américains, selon une stratégie de guerre asymétrique. »

S’adressant aux soldats américains, il a lancé : « Nous n’avons qu’un seul message : Approchez ! »

Le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (CGRI) a, lui aussi répondu à cette menace mardi. S’adressant à la 82e division aéroportée américaine, il a averti qu’elle subira le même sort que les porte-avions Gerald Ford et Abraham Lincoln.

 « Vous souvenez-vous de Gerald Ford et d’Abraham Lincoln ? qui ont quitté la région sous le poids des frappes et des menaces iraniennes », a mis en garde le CGRI.

Selon la version iranienne des faits, le porte-avions Abraham Lincoln a été contraint de se retirer après avoir été pris pour cible, et le Gerald Ford l’a suivi jusqu’à une base sur l’île grecque de Crète après un incendie à bord, alors que Washington dit qu’il a eu lieu dans les buanderies.

La 82e division aéroportée est l’une des unités d’intervention rapide d’élite les plus importantes de l’armée américaine. Elle se distingue par sa capacité à mener des opérations aéroportées derrière les lignes ennemies et à prendre le contrôle de sites stratégiques tels que les aéroports et les centres de communication avec une grande rapidité, en préparation de l’arrivée de forces plus importantes.

Les Marines puis la 82e division

« L’idée, c’est que les Marines rentrent en premier. Ils prennent le plus dur du combat, ils arrivent avec du matériel, ils débarquent et sortent des blindés », explique pour la télévision française BFMTV Romain Mielcarek, journaliste indépendant et chercheur à l’Institut pratique du journalisme.

« Les troupes aéroportées arrivent derrière pour relever. Une fois que les Marines ont pris le terrain, les parachutistes sont largués pour venir renforcer et permettre aux Marines de se regrouper et récupérer leurs blessés », poursuit-il.

« Très très maigre »

Mais l’arrivée au Moyen-Orient de la 82e division aéroportée relèverait davantage de « la démonstration de force » pour « faire pression » sur l’Iran, selon Serge Cholley, ancien général français de l’Armée de l’Air.

« S’il s’agit de reprendre le contrôle du détroit d’Ormuz, le relief est très difficile et il y a une grande ville : Bandar Abbas. Ce n’est pas avec 1.000, 2.000 ou 5.000 hommes qu’ils pourront en prendre le contrôle », prévient-il sur notre BFMTV.

Un constat partagé par Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes. Sur BFMTV, il estime qu’une arrivée de quelques milliers de soldats sur le sol de l’Iran serait « très très maigre ». « Toute cette force peut être suffisante pour contrôler l’île de Kharg qui est de 24km² », estime-t-il.

Occupation du détroit d’Ormuz: « Une option dangereuse » 

Selon le New York Times, les forces américaines pourraient occuper le détroit d’Ormuz, ce qui constitue « une option extrêmement dangereuse », selon des experts militaires et stratégiques « compte tenu des opérations vastes et complexes qu’elle nécessiterait ».

Ces experts s’accordent à souligner que la première étape de toute action militaire visant à ouvrir le détroit consisterait à tenter de priver l’Iran de sa capacité à cibler les navires, un objectif qui n’a pas encore été atteint malgré les frappes américaines et israéliennes répétées.

Selon l’expert Mark Cancian, l’Iran a la capacité de déployer et de dissimuler ses batteries de missiles sur de multiples sites, ce qui les rend extrêmement difficiles à détecter et à cibler.

Selon Caitlin Talmidge et Jennifer Parker, l’environnement géographique du détroit, avec son étroitesse et sa proximité avec la côte iranienne, donne à Téhéran un avantage dans l’utilisation de tactiques asymétriques et réduit le temps dont disposent les navires pour faire face aux menaces.

Eugene Golts met en garde contre les risques particuliers liés à l’envoi de navires de guerre pour contrer les attaques de drones et de missiles, soulignant que les systèmes de défense de ces navires n’étaient pas conçus pour faire face à des combats rapprochés dans un environnement complexe comme le détroit d’Ormuz.

Les experts ont également souligné que la possibilité de pertes pour les forces américaines, que ce soit par des morts ou des captures, pourrait conduire à un réexamen de l’option d’escalade militaire, en raison du changement radical qu’elle pourrait entraîner dans les règles d’engagement.

Caitlin Talmidge conclut que la « menace iranienne » persistante continuera de perturber le transport maritime et qu’un retour complet à la normale ne sera pas possible par la seule force militaire, mais nécessitera en fin de compte un règlement diplomatique et politique.

Même avis de l’ancien secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, qui a mis en garde contre la difficulté d’ouvrir militairement le détroit d’Ormuz, ajoutant que les États-Unis devaient s’appuyer sur la diplomatie pour mettre fin à la crise.

Il a déclaré : « Il serait très difficile d’imposer cela par la force. Il faudrait une surveillance aérienne continue, par satellites et drones, 24 heures sur 24, sans parler de la nécessité de couvrir un littoral beaucoup plus long que celui du Texas. »

Source : Médias