Le président américain, Donald Trump, a réactivé l’option d’une intervention militaire limitée contre l’Iran, après avoir constaté que le nouveau paquet de sanctions ne permettrait pas d’accomplir ce que la guerre totale avait échoué à réaliser.
Cependant, ce retour n’a pas masqué son désarroi face à l’impasse de ses options contre Téhéran. Un désarroi qui s’est traduit, par exemple, par une confusion dans la désignation de l’île ciblée par l’agression, hésitant entre « Kharg » et « Larak », ce qui a contraint son vice-président, JD Vance, à clarifier que l’intention du message de Trump était d’envoyer un avertissement à l’Iran concernant la première, en menant une attaque sur la seconde.
Pour sa part, l’Iran s’est empressé de riposter à cette agression en bombardant massivement deux bases américaines en Jordanie et une troisième aux Émirats arabes unis, poussant le président américain à menacer de répliquer à cette riposte.
L’attaque américaine est apparue, sous un certain angle, comme un message adressé au sommet de l’« Organisation de coopération de Shanghai » réuni à Bichkek, la capitale du Kirghizistan.
Les participants semblaient unis dans leur refus des sanctions américaines contre l’Iran, étant eux-mêmes fortement touchés par ces mesures, sachant que l’organisation regroupe, aux côtés de Téhéran, ses plus grands partenaires commerciaux, notamment la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan et d’autres pays.
Il est ressorti clairement des consultations du sommet, qui s’achève aujourd’hui, que ses membres ne se plieront pas aux sanctions américaines. Cela consacre l’échec du nouveau paquet de sanctions à dissuader ces États de commercer avec l’Iran, malgré les menaces de sanctions secondaires brandies par les États-Unis.
Ainsi, Trump, qui refuse toujours de sortir de la guerre sur une défaite majeure malgré les pressions au sein du Parti républicain à l’approche des élections de mi-mandat au Congrès en novembre prochain, se retrouve pris entre deux options bien sombres : soit revenir aux négociations sans imposer ses conditions et admettre l’échec simultané des guerres militaire et économique ; soit s’enfoncer dans un nouveau cycle de combats, une option qu’il a déjà expérimentée par deux fois sans succès.
Comme à son habitude, Trump a choisi la fuite en avant. Lors d’un entretien téléphonique avec Fox News, il a déclaré que ses forces répliqueraient à la riposte iranienne les ayant visées en Jordanie, prétendant que « les systèmes de défense antiaérienne américains avaient intercepté tous les missiles à l’exception d’un seul, lequel n’a touché aucun objectif d’importance ».
Il a également affirmé que les sanctions américaines actuelles contre le régime iranien « commençaient à produire un impact sévère ». Trump a réitéré des déclarations répétitives et largement critiquées aux États-Unis pour leur manque de réalisme, soutenant que « le commandement iranien est dans un chaos total, l’Iran n’a plus ni marine ni armée de l’air, n’a plus de monnaie, ne paie plus les soldes de ses soldats ni de sa police, et l’inflation a atteint 300 % ».
Il a ajouté que « Téhéran peut constituer une source de nuisance, mais nous contrôlons le détroit d’Ormuz et nous en avons retiré toutes les mines avec une aide très limitée d’autres pays ».
Toutefois, le porte-parole du Corps des Gardiens de la révolution islamique a confirmé qu’« un supertanker a pris feu et s’est totalement immobilisé après avoir heurté deux mines marines dans la partie sud du détroit d’Ormuz », avertissant que « les autres navires qui violeraient les règles de sécurité du détroit subiraient le même sort », tout en soulignant que le respect de ces règles était « impératif ».
De même, le porte-parole des forces armées iraniennes a réagi aux propos du président américain en affirmant que « faire du détroit d’Ormuz un territoire américain est un rêve qui ne se réalisera jamais ».
Et d’ajouter: « Nous sommes déterminés à chasser les forces américaines de la région et nous vengerons tôt ou tard le regretté Guide suprême ». Il a poursuivi en déclarant que « les prétentions de Trump sur le détroit d’Ormuz sont infondées et relèvent du vœu pieux plutôt que de la réalité ».
Auparavant, le « Commandement central américain » (CENTCOM) avait annoncé que l’attaque sur l’île de Larak constituait une « mesure limitée et précise » ciblée contre des forces du Corps des Gardiens de la révolution qui posaient des mines et représentaient une menace imminente dans le détroit d’Ormuz, tandis que l’agence Tasnim faisait état de 3 martyrs à la suite de l’agression US contre l’île.
Peu après l’attaque sur Larak, le président américain avait publié une vidéo générée par intelligence artificielle affirmant que « l’île pétrolière de Kharg est en cours de destruction et transformée en ruines », ce qui a amené Vance à préciser qu’il estimait que Trump cherchait à adresser un message à l’Iran à travers cette publication.
L’agence Reuters a par ailleurs cité un responsable américain affirmant que « nos forces n’ont pas ciblé l’île de Kharg ».
En réponse à l’attaque américaine, le Corps des Gardiens de la révolution a annoncé avoir détruit des infrastructures et des zones de stationnement de chasseurs ennemis sur les bases aériennes américaines « Roi Hussein » et « Azraq » en Jordanie, à l’aide de drones et de missiles balistiques.
Les Gardiens ont martelé que « tout tir dirigé contre nous sera suivi de ripostes encore plus destructrices ». L’armée iranienne a de son côté indiqué avoir visé, au moyen de dizaines de drones, des positions d’hélicoptères et de troupes de l’armée américaine sur la base d’« Al-Minhad » aux Émirats arabes unis.
Dans le sillage de l’attaque américaine, les cours du pétrole ont bondi de près de 3 %, le baril de Brent franchissant le seuil des 90 dollars.
En contrepartie, l’agence Fars a cité le ministère iranien du Pétrole indiquant que « la Banque centrale a encaissé 7,5 milliards de dollars d’intérêts et de revenus pétroliers au cours des quatre premiers mois de l’année, soit 1,5 fois le montant perçu durant la même période de l’année précédente ».
Source : Médias
