mardi, 01/09/2026   
   Beyrouth 15:56

Esclavage : l’ONU appelle les États à réparer les préjudices de la traite négrière

Le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale estime désormais que les États impliqués dans la traite transatlantique des esclaves ont l’obligation juridique de mettre en œuvre des réparations. Une recommandation qui pourrait renforcer les revendications portées depuis des décennies par les descendants des victimes.

Les États ont l’obligation juridique de fournir des réparations généralisées pour les préjudices résultant de leur implication directe ou indirecte dans la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage, a estimé hier le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale (Cerd) dans une recommandation.

En proposant une nouvelle interprétation de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale de 1969, l’organe de surveillance du traité a conclu que les États parties doivent mettre en œuvre des mesures réparatrices globales pour les personnes d’ascendance africaine, tous types de recours confondus.

Cette déclaration souligne l’absence de compensations pour les anciens esclaves, alors que des indemnités ont souvent été versées aux propriétaires d’esclaves.

Ce document, approuvé la semaine dernière et publié seulement hier, pourrait constituer un nouvel outil au soutien des demandes de réparations. Il s’agit d’un moment charnière, a assuré Pela Boker-Wilson, membre du comité.

Le texte s’inscrit dans un mouvement diplomatique qui a pris une ampleur particulière cette année, et s’appuie sur la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, adoptée en 1965 et entrée en vigueur en 1969.

Chargés de surveiller la mise en œuvre de la Convention sur la discrimination raciale par les 182 États parties, les 18 experts indépendants du Cerd ont proposé une nouvelle interprétation de ce traité.

Le terme « réparations » peut facilement être réduit à une question d’argent. Le document de l’ONU adopte une approche beaucoup plus large. Les réparations peuvent notamment passer par des compensations financières, mais aussi par la restitution de biens culturels, l’ouverture des archives, la reconnaissance officielle des faits historiques, la révision de certains monuments ou récits publics, la mise en place de commissions de vérité et des garanties de non-répétition, etc..

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de déterminer quel montant pourraient devoir verser les États ou les institutions ayant bénéficié de l’esclavage et de la traite. Il s’agit aussi de restaurer une mémoire, de corriger des récits historiques incomplets et de s’attaquer aux inégalités qui continuent de marquer les sociétés contemporaines.

Cette approche rejoint d’ailleurs la résolution adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU, le 25 mars 2026. Portée par le Ghana, elle a qualifié la traite des Africains réduits en esclavage et leur esclavage mobilier racialisé de « crime le plus grave contre l’humanité ». La résolution a été approuvée par 123 États, tandis que trois ont voté contre et 52 se sont abstenus.

Source : Médias