samedi, 12/09/2026   
   Beyrouth 08:04

Est-ce que Netanyahu cherche une nouvelle guerre au Liban ?

Par Yahya Dbouk

Une question circule au Liban pour savoir si le Premier ministre de l’entité ennemie, Benjamin Netanyahu, cherche une nouvelle guerre sur le front libanais, en particulier à l’approche des élections israéliennes prévues le 27 octobre prochain.

Toutefois, lier directement la guerre aux besoins électoraux de Netanyahu reste une déduction qui manque de preuves. Ce dont Netanyahu a besoin sur le plan électoral est peut-être moins de déclencher une nouvelle guerre, bien que ce soit plus complexe.

En effet, son besoin primordial est plutôt que l’état de guerre en cours ne s’arrête pas et que les fronts ouverts ne se ferment pas par des règlements politiques stricts. Il espère ainsi conserver devant lui une marge pour saisir tout développement sécuritaire et le présenter à l’électeur israélien comme une preuve supplémentaire de la nécessité de « l’homme de la sécurité ».

Dans cette optique, l’intérêt politique de Netanyahu ne réside pas nécessairement dans l’embrasement d’une guerre totale – avec les risques militaires, humains, économiques et politiques qu’elle comporte et qui pourraient échapper à tout contrôle et se retourner contre lui –, mais plutôt dans le maintien d’un « environnement sécuritaire » où la guerre persiste, fût-ce à un rythme réduit.

Cet environnement lui permet de maintenir les menaces extérieures au premier plan du débat public israélien, tout en détournant le centre de gravité électoral des dossiers intérieurs et de ses échecs politiques et sécuritaires.

C’est sous cet angle que l’on peut lire la position de Netanyahu rejetant les voies politiques si celles-ci devaient mener à des retraits ou à la fermeture de certains fronts.

La Chaîne israélienne 13 a rapporté en juillet dernier que « Netanyahu a informé ses ministres qu’il rejetterait une demande américaine d’effectuer des retraits du Liban, de la Syrie et de Gaza », tandis que le site américano-israélien « Axios » a rapporté de sources officielles américaines et israéliennes que le président américain Donald Trump avait demandé à Netanyahu d’entamer « un redéploiement des forces israéliennes hors de la Syrie et du Liban ».

Il convient de noter qu’en juin dernier, Netanyahu et le ministre de la Guerre, Israel Katz, avaient annoncé leur attachement au maintien des forces israéliennes dans ce qu’Israël qualifie de « zones de sécurité » au Liban, en Syrie et à Gaza, sans fixer de calendrier précis pour cette présence.

Pour Netanyahu, les règlements politiques peuvent servir l’intérêt d’Israël, mais ils comportent simultanément un risque électoral : faire basculer les théâtres d’affrontement de la case « menace » à la case « problème résolu ».

Dès lors, il devient plus facile pour l’attention de l’électeur israélien de se tourner vers l’intérieur, alors que des sondages successifs montrent que la coalition de Netanyahu fait face à un risque de défaite électorale, dans un contexte de déclin de la confiance en son leadership.

En revanche, si Gaza reste ouverte aux perspectives d’escalade, si le front nord au Liban et en Syrie demeure inflammable et si l’Iran reste au cœur d’une confrontation continue, la sécurité gardera une place de choix dans la campagne électorale, et avec elle, le besoin politique de projeter l’image de Netanyahu comme le seul capable de gérer les périls extérieurs.

Cependant, cette politique comporte un coût sécuritaire qui ne coïncide pas nécessairement avec le calcul électoral. Maintenir plusieurs fronts ouverts signifie la poursuite de l’épuisement des troupes et des ressources, tandis que des craintes se manifestent au sein de l’institution militaire israélienne face au fardeau d’un déploiement étendu et au besoin croissant en effectifs.

Parallèlement, les opérations militaires se poursuivent au Liban malgré le cessez-le-feu, tandis que le processus de retrait israélien et le règlement de la situation frontalière restent au point mort.

C’est ici qu’apparaît la divergence entre deux logiques : une logique sécuritaire qui voit dans la désescalade et les règlements un moyen de libérer des troupes, de réduire le besoin en réservistes et de limiter le coût du déploiement, et une logique politique à court terme qui ne voit pas nécessairement d’intérêt à fermer les fronts à la veille des élections.

Cela ne signifie pas que l’institution militaire propose la politique comme alternative à la sécurité, mais elle peut l’envisager comme un outil au sein d’une stratégie sécuritaire plus large ; toutefois, la décision finale reste entre les mains du niveau politique.

Il en résulte que le danger pesant sur le Liban ne relève pas exclusivement d’une décision israélienne préméditée de lancer une guerre électorale. Le refus des règlements et le maintien d’un environnement d’escalade peuvent suffire à engendrer la guerre sans que la guerre elle-même ne soit l’objectif premier.

Tout front ouvert sans solution politique porte en lui la possibilité qu’un incident sur le terrain entraîne une riposte, puis une riposte à la riposte, menant à une spirale d’escalade dont le recul s’avère politiquement et militairement coûteux pour les deux parties.

Par conséquent, si une nouvelle guerre devait éclater – une hypothèse qu’il est impossible d’écarter mais non plus d’affirmer avec certitude –, il ne sera pas indispensable que Netanyahu l’ait planifiée pour remporter les élections.

Le plus grave réside dans le fait que son intérêt électoral réside dans le maintien de l’environnement qui rend la guerre possible : pas de règlements définitifs, pas de fronts fermés, pas de sortie complète de l’état d’urgence sécuritaire.

Dès lors, la guerre n’est peut-être pas la finalité, mais elle devient le résultat probable d’une politique qui érige la persistance des tensions en gain politique, quand bien même ces tensions portent en elles un potentiel d’explosion.

Source : Médias