mardi, 13/01/2026   
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L’Iran face à Starlink : quel impact sur la préservation de la souveraineté numérique ?

Face à l’escalade des tensions internes en Iran ces derniers jours, le gouvernement a restreint l’accès à Internet, une mesure perçue comme un prolongement des mesures de sécurité déjà employées par de nombreux pays lors de périodes de fortes tensions internes. Cette décision, visant à maîtriser la situation et à prévenir le chaos et le sabotage, apparaissait initialement comme une mesure interne de routine destinée à freiner la propagation des événements et à éviter toute coordination incontrôlée dans les rues.

Cependant, la situation a rapidement évolué. Un nouvel élément est entré en scène, modifiant radicalement la nature de la confrontation : le réseau Starlink, propriété de l’homme d’affaires américain Elon Musk, qui avait annoncé quelques jours auparavant être prêt à fournir une solution temporaire et ciblée. Cette évolution a relancé le débat sur le rôle des grandes entreprises technologiques, notamment celles appartenant à des personnalités aux prises de position politiques affirmées comme Musk, dans l’influence directe sur le cours des crises internes.

Pourquoi Starlink est-il devenu un outil d’intervention politique et sécuritaire ?

Starlink fait partie d’un vaste réseau de communications américain, lié, selon Reuters, à des contrats directs avec des institutions militaires et de sécurité occidentales par l’intermédiaire de sa maison mère, SpaceX. Par conséquent, l’utilisation de ce réseau en Iran, sans autorisation légale ni cadre réglementaire, et au plus fort des troubles internes, l’a automatiquement transformé d’un « service de communication » en un outil d’ingérence politique et sécuritaire.

L’objectif de son activation à ce moment-là n’était pas de garantir le « droit à la communication » au sens large, mais plutôt de fournir un canal de communication temporaire permettant la coordination sur le terrain entre les acteurs des troubles, la transmission en temps réel d’images et d’informations, et l’établissement de lignes de communication directes avec les médias, les plateformes et les entités extérieures.

À ce stade, la coupure d’Internet local ne suffisait plus du point de vue de l’État, car la confrontation s’était déplacée du niveau des réseaux terrestres à la sphère numérique, et plus précisément aux communications par satellite échappant au contrôle national. Cela a conduit l’Iran à décider d’intensifier ses mesures et de s’en prendre directement à Starlink, une initiative qui a constitué un précédent notable dans la gestion des crises internes.

Comment l’Iran a-t-il contré le réseau ?

Dans ce contexte, des rapports techniques occidentaux, notamment ceux de France 24, ont reconnu que Téhéran était parvenu, pour la première fois, à perturber la connectivité Starlink sur son territoire, en employant des techniques de brouillage avancées dans le cadre de son isolement numérique suite à la coupure d’Internet terrestre.

Un article du Times of Israel indiquait que « les autorités iraniennes semblent aller au-delà du simple brouillage GPS pour perturber la connectivité Starlink pendant la coupure d’Internet intérieure ».

La phase initiale de cette confrontation a consisté à brouiller les signaux GPS, indispensables aux dispositifs Starlink au sol pour aligner leurs antennes et communiquer avec les satellites. La perturbation de cet élément a suffi à désorienter les stations au sol et à les empêcher de se synchroniser avec le réseau satellitaire.

Cependant, des indices ultérieurs ont suggéré que l’Iran ne s’est pas arrêté là. Au lieu de se contenter d’un brouillage général, des signes d’utilisation de techniques plus sophistiquées ciblant les liaisons de communication elles-mêmes – les fréquences sur lesquelles Starlink fonctionne – ont été repérés.

Y a-t-il une aide russe ?

Dans ce contexte, la question de l’expertise russe a été soulevée. Depuis 2022, la Russie est engagée dans une confrontation directe avec Starlink en Ukraine, ce réseau étant devenu partie intégrante du système de commandement et de contrôle de l’armée ukrainienne. Selon des rapports de la Secure World Foundation, Moscou a développé des systèmes de guerre électronique capables de perturber les communications GPS et satellitaires, voire de cibler directement les réseaux Starlink.

Par conséquent, pointer du doigt une « empreinte russe » dans les événements survenus en Iran n’implique pas nécessairement un transfert de technologie aveugle, mais relève plutôt d’un échange naturel d’expertise entre deux pays confrontés au même défi : l’utilisation des infrastructures de communication civiles et commerciales comme outil de pression politique et sécuritaire. L’expertise employée dans le cadre d’une guerre ouverte est adaptée au contexte de troubles internes, dans le but de neutraliser un outil considéré comme une forme indirecte d’ingérence étrangère.

En Ukraine, la Russie a contré le réseau en employant des techniques de brouillage et d’usurpation GNSS, perturbant et falsifiant les signaux GPS. Ceci a désorganisé les antennes Starlink, les empêchant de se synchroniser avec les satellites et interrompant ainsi le service dans certaines zones.

Par la suite, Moscou a perfectionné cette tactique grâce à des systèmes plus spécialisés, notamment le système de guerre électronique TOBOL. Conçu initialement pour protéger les satellites russes, ce système a ensuite été utilisé pour perturber l’environnement de navigation dont dépendent les terminaux terrestres de Starlink, sans attaquer directement les données.

En 2024, un nouveau système, la plateforme de guerre électronique Kalinka, a été dévoilé. Décrit par les médias occidentaux comme un « tueur de Starlink », il serait capable de brouiller directement les liaisons de communication entre la Terre et les satellites, en ciblant les fréquences sur lesquelles le réseau fonctionne.

Du point de vue de l’État iranien, permettre à un réseau de communication étranger non autorisé de fonctionner librement en période de troubles internes revient à renoncer à l’un des piliers de sa souveraineté. Par conséquent, la neutralisation de Starlink était une mesure préventive visant à empêcher qu’un événement national ne devienne un terrain propice à une ingérence extérieure par satellite.

Ce qui s’est passé en Iran ne se résume pas à une simple « coupure d’Internet ». Il s’agissait plutôt d’un passage rapide d’une mesure de sécurité intérieure à une lutte pour la souveraineté numérique, imposée par la tentative de compenser la décision de l’État par une infrastructure de communication temporaire et ciblée. Dans un monde où politique et technologie sont inextricablement liés, le conflit ne se limite plus à la seule question du contrôle du territoire, mais porte également sur le contrôle des communications.

Ainsi, la performance de la République islamique face à Starlink constitue un exploit rare en matière de sécurité et de technologie, notamment compte tenu de la résilience perçue du réseau.

Source : Médias