mardi, 21/07/2026   
   Beyrouth 12:43

Trump offre à Aoun des territoires libérés : « Coopérez avec Al-Charaa pour désarmer le Hezbollah »

Quelques heures avant la rencontre prévue, ce mardi, entre le président de la République, Joseph Aoun, et le président américain, Donald Trump, des milieux diplomatiques américains à Beyrouth ont laissé filtrer qu’Aoun s’attend à entendre de la part de Trump « un engagement à garantir un retrait israélien complet du Liban ».

En contrepartie, ils ont affirmé que le président américain sera « clair en soulignant que le prix à payer est l’engagement du gouvernement libanais à mettre fin à la présence militaire du Hezbollah sur l’ensemble du territoire libanais », précisant qu’il demandera à Aoun « de coopérer avec le président syrien Ahmed Al-Charaa pour traiter le dossier du Hezbollah, les États-Unis se posant en partenaire actif des deux parties dans ce processus ».

La visite d’Aoun à Washington ne sera pas mesurée au nombre de réunions ni à l’abondance des déclarations de soutien américaines, mais à sa capacité à traduire ces promesses en gains tangibles pour le Liban.

L’administration américaine, qui prétend être prête à aider, subordonne tout engagement effectif à une équation claire dont le titre est le monopole des armes aux mains de l’État.

Ce qui soulève la question fondamentale : Aoun parviendra-t-il à arracher une contrepartie politique et sécuritaire réelle à Washington ?

Dans ce contexte, Washington a annoncé, à la veille de la rencontre attendue entre Aoun et Trump, le lancement de la première phase pilote de ce qu’elle a décrit comme une nouvelle initiative, dans une démarche par laquelle elle a voulu suggérer le passage de la phase des promesses à celle de l’exécution.

Toutefois, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a clairement tracé le plafond de cette initiative, affirmant que son objectif est de « bâtir un État libanais fort dont les institutions, au premier rang desquelles l’armée, soient la seule instance militaire autorisée à porter des armes, afin de permettre au gouvernement de gérer la sécurité, d’asseoir la stabilité et d’améliorer la réalité économique des citoyens ».

La proposition américaine ne s’est pas limitée à la dimension sécuritaire, mais s’est élargie au volet économique, Rubio ayant évoqué les efforts pour attirer des investissements américains et internationaux au Liban.

De ce fait, la zone pilote dont le Département d’État américain a annoncé le lancement dans les localités non occupées de Froun, Srifa et Zaoutar al-Gharbiya ne semble pas être une simple mesure sécuritaire limitée, mais porte une signification politique directe à la veille de la visite d’Aoun : Washington est prête à proposer des mesures concrètes, à condition que le pouvoir libanais y réponde en passant des engagements théoriques à la mise en œuvre effective.

Ces messages américains interviennent alors qu’Israël tente de renforcer sa position négociatrice en intensifiant ses opérations militaires et ses pilonnages d’artillerie dans le Sud-Liban, cherchant à imposer des réalités sur le terrain pour accompagner les pressions politiques qui précèdent le lancement des pourparlers.

Ainsi, le véritable test reste lié à la capacité du sommet de Washington à faire avancer le dossier de « l’accord-cadre ».

Les données indiquent que l’administration américaine étudie la possibilité de superviser, via le Commandement central américain (CENTCOM), la mise en œuvre d’un retrait progressif de la première zone modèle, parallèlement à l’arrivée à Beyrouth du général Joseph Clearfield pour établir les arrangements de terrain propres à cette phase.

Cependant, cette voie suscite des craintes quant au risque de devenir une porte d’entrée pour imposer des concessions politiques dépassant l’accord-cadre, en vue de pousser vers des arrangements plus larges avec ‘Israël’ lors de phases ultérieures.

Des sources informées indiquent que la zone pilote est censée, selon la vision américaine et israélienne, « poser les bases d’une nouvelle réalité sécuritaire reposant sur des frontières plus stables, un déploiement effectif de l’armée libanaise, le monopole par l’État des décisions de guerre et de paix, et la prévention de la reconstruction des capacités militaires du Hezbollah au sein de cette zone ».

Cependant, le nœud principal réside toujours dans l’ordre de l’exécution des engagements.

Beyrouth maintient que le processus doit commencer par le retrait d’Israël des territoires qu’il occupe encore, considérant cette étape comme le préalable naturel à l’application des autres clauses, tandis qu’Israël insiste pour tester la capacité de l’armée libanaise et de l’État à imposer les réalités sécuritaires dans des zones où ses forces ne sont pas déployées, avant d’entreprendre tout retrait supplémentaire.

Dès lors, le désaccord ne porte plus sur le principe de la zone pilote en lui-même, mais sur la question de savoir qui fera le premier pas : ‘Israël’ par le retrait, ou le Liban par le traitement du dossier des armes ?

Le porte-parole de l’armée israélienne a annoncé lundi que « conformément aux directives du niveau politique, la mise en œuvre d’un programme pilote régional sous le nom de « Domaine sécurisé » a débuté lundi au Sud-Liban, en coopération avec l’armée américaine (CENTCOM) et l’armée libanaise.

Dans le cadre de ce programme, des équipes des armées israélienne, américaine et libanaise mènent des opérations de coordination et de planification pour poursuivre l’application de l’accord ». Il a souligné que « l’armée israélienne agira avec fermeté contre toute violation de l’accord ».

Parallèlement, la Chaîne 12 israélienne a indiqué que l’armée israélienne entamera aujourd’hui son retrait de deux zones pilotes au Sud-Liban, dans le cadre de l’application de la formule de « l’accord-cadre » relative au retrait des territoires libanais occupés.

Elle a cité un responsable israélien affirmant qu’Israël « ne se retirera pas des territoires qu’il a pris tant que le Hezbollah représentera une force influente au Liban », prétendant que l’armée israélienne conservera « la liberté de riposter à toute menace » et continuera d’imposer son contrôle sur la zone frontalière tant que cette menace persistera.

De même, le site US Axios a cité des responsables israéliens confirmant que le retrait débutera aujourd’hui, tandis que le journal Haaretz a rapporté que la partie libanaise a insisté pour ne pas autoriser ‘Israël’ à cibler les zones pilotes après le déploiement de l’armée libanaise dans celles-ci.

Dans le même ordre d’idées, la société de radiodiffusion israélienne (Kan) a rapporté que le président Aoun demandera à Trump d’appliquer la proposition des zones pilotes selon la vision libanaise et non israélienne, c’est-à-dire en commençant par le retrait effectif de l’armée israélienne des zones libanaises occupées, et non à partir des zones où l’armée libanaise est déjà présente.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar