jeudi, 09/04/2026   
   Beyrouth 09:22

Pessimisme israélien face aux résultats de la guerre : Netanyahu a provoqué une « catastrophe stratégique »

Par Yehya Dbouk

Le cessez-le-feu temporaire, conclu de principe entre l’Iran et les États-Unis sous l’égide du Pakistan, pèse lourdement sur ‘Israël’, tant au niveau politique et militaire qu’au sein des élites et des médias. Le dénominateur commun des commentaires et des fuites ayant suivi l’annonce est une expression généralisée de frustration, d’anxiété et de sentiment de défaite.

L’imprévoyance, la mauvaise planification et l’exécution défaillante sont pointées du doigt, allant jusqu’à qualifier les événements de « catastrophe stratégique » pour l’entité sioniste, sur fond d’échanges d’accusations et de rejet des responsabilités.

Ce tableau contredit radicalement les attentes démesurées promues par les dirigeants israéliens aux premiers jours de la guerre, en tête desquels Benjamin Netanyahu, qui promettait de « changer le Moyen-Orient » et tente désormais d’embellir la défaite.

Alors que les médias israéliens avaient respecté durant tout le conflit les consignes de la censure militaire — interdisant toute publication susceptible d’aider l’adversaire ou de saper le moral interne — cet engagement s’est effondré dès l’annonce de la trêve.

Une vague de critiques acerbes a déferlé, notamment face à la « liste de clauses » négociées entre Téhéran et Washington loin de Tel-Aviv, qualifiées de « terrifiantes » par la presse israélienne.

Les publications de mercredi 8 avril reflètent un sentiment d’échec global, les élites voyant s’évaporer l’espoir de s’être débarrassées de la « menace existentielle » que représentait l’Iran.

Dans ce contexte, le journal Haaretz soulève une série de questions fondamentales sur les objectifs initiaux : le régime iranien est toujours en place, le sort d’environ 440 kg d’uranium enrichi reste incertain, et le programme de missiles balistiques demeure actif.

Des promesses de Netanyahu en mars dernier — empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire, stopper le développement de ses missiles et créer les conditions d’une chute du régime — rien n’a été accompli.

Le journal aborde également le déclin du crédit d’Israël aux États-Unis, Washington accusant Tel-Aviv de l’avoir entraîné dans une confrontation irréfléchie.

Une enquête du New York Times, citant l’entourage de Donald Trump, rapporte que de hauts responsables américains ont qualifié les propositions israéliennes de changement de régime en Iran d’« illogiques » et de « foutaises ».

Ce coup porté à la crédibilité d’Israël est jugé comme le plus sévère depuis l’affaire de l’espion Jonathan Pollard il y a quarante ans.

Parmi les effets contre-productifs, la menace qu’Israël voulait éradiquer s’est au contraire renforcée.

Selon Haaretz, la reconnaissance officielle de l’Iran comme partenaire de négociation lui offre une légitimité internationale et ouvre la voie au renforcement de ses capacités économiques et militaires. Téhéran sort de la crise plus solide, prêt à reconstruire ses forces sous une nouvelle protection internationale.

L’accord pourrait également libérer des actifs gelés, entraîner des compensations et annuler des résolutions du Conseil de sécurité et de l’AIEA, offrant au régime une liquidité financière massive dont il était privé depuis des années.

Enfin, Haaretz et d’autres médias soulignent le « revenu exceptionnel » que l’Iran pourrait tirer de la perception de taxes sur le passage des navires dans le détroit d’Ormuz — pouvant atteindre deux millions de dollars par navire.

Cette manne, supérieure aux revenus du pétrole et du gaz, constituerait un levier stratégique dont le régime n’osait rêver avant que Netanyahu ne déclenche cette guerre ratée. Cela propulserait l’Iran au rang de puissance influençant la politique mondiale, et non plus seulement régionale.

Les analystes concluent que la dissuasion iranienne est en pleine croissance, tandis que celle d’Israël s’est érodée face à la résilience d’un adversaire ayant résisté simultanément à l’entité sioniste et à la superpuissance américaine.

Entré en guerre avec l’espoir d’une victoire éclair, ‘Israël’ se retrouve aujourd’hui exclu de la table des négociations concernant sa propre « sécurité nationale ».

Ce constat, partagé de Yediot Aharonot à Ma’ariv en passant par Israel Hayom et Walla, témoigne de la profondeur du choc interne face à l’issue du conflit.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar