vendredi, 24/04/2026   
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Rites talmudiques et « mur des lamentations » au Maroc. « Une accélération de l’infiltration sioniste dans le Royaume », selon l’Observatoire marocain contre la normalisation

Le mur d’un bâtiment dans la ville de Marrakech au Maroc est devenu un lieu de culte juif, rappelant les images du « mur de lamentations » dans la ville sainte d’al-Qods, ce qui a soulevé des réactions de colère et l’interrogation des Marocains.

Selon les médias locaux, un groupe de juifs étaient venus en bus à l’endroit en question situé à Bab Doukkala puis sont repartis après avoir effectué des rites talmudiques. Une scène sans précédent dans un espace public dans ce pays.

« Rites de victoire »

Le chef de la communauté juive au Maroc a déclaré dans une vidéo que ce groupe de juifs étaient venus des Etats-Unis au Maroc dans le cadre d’un voyage touristique et religieux qui comprend la visite de tombeaux de religieux juifs. Il a dit qu’ils ont choisi la Maroc parce que c’est un pays ou règne « la culture de coexistence et de tolérance ». Il n’a pas expliqué la teneur de ces rites devant ce mur en question.

Mais de nombreuses parties marocaines craignent bien plus que cela, d’autant que l’influence des juifs pro israéliens se fait de plus en plus remarquer dans ce pays qui a entamé officiellement la normalisation avec l’entité sioniste en 2020 dans le cadre des accords d’Abraham parrainés par les Etats-Unis.  

Selon le prédicateur et le chercheur Hamza El Khaldi, ces rites sont l’expression de « leur sentiment de victoire sur cette terre » et « une prière de remerciement pour leur emprise sur elle ».

« De la coexistence au remplacement »

L’Observatoire marocain contre la normalisation a dénoncé « une accélération de l’infiltration sioniste dans le Royaume », rejetant sa description comme étant « un événement touristique isolé » ou de « l’aborder sous l’angle de la liberté de pratique religieuse ou de la tolérance touristique » ce qui selon lui est « une approche trompeuse et manque de perspective stratégique. »

« C’est plutôt une étape stratégique visant à remodeler l’espace et les symboles nationaux en vue d’une autonomisation globale et d’une atteinte à la souveraineté marocaine » a accusé son directeur Ahmed Ouihmane. « Cette affaire concerne un effort incessant de la part de l’entité occupante pour passer du stade de la présence symbolique à une tentative de reproduire la géographie au sein de la sphère nationale marocaine », a-t-il averti.

Evoquant dans un post sur Facebook des allégations provenant de cercles pro israéliens que « le roi est d’origine juive et non un descendant des Ahl al-Beit prophétique » et que « le Maroc est un royaume sacré des fils d’Israël » auxquelles s’ajoutent le fait d’avoir hisser le drapeau israélien au-dessus de celui du Maroc sur le siège de la communauté juive à Dar al-Bayba (Casablanca), il accuse le conseiller juif du roi, André Azoulay de se comporter comme s’il était le représentant général d’Israël au Maroc rappelant qu’il a organisé une rencontre et un forum avec pour titre d’unifier les temples entre le Maroc et l’entité sioniste. Ouihmane estime que ceci comporte « un symbolisme religieux qui dépasse les limites de la coexistence vers celles du remplacement ».

« Le Maroc comme une terre juive »

Ouihmane évoque aussi des faits matériels allant de « l’empiètement sur les propriétés immobilières et la modification des noms géographiques, à la falsification de documents, en passant par la réécriture de l’histoire locale à travers des mythes sur la découverte des « tombes des prophètes des Enfants d’Israël » dans le sud du Maroc et la « Petite Jérusalem » (Ifrane du Petit Atlas), et la tentative de relier les régions marocaines à une histoire biblique imaginaire », il met en garde contre « un double vol : celui de la terre et celui de la mémoire ».

« Nous sommes confrontés à un projet d’envergure où la culture et la religion s’entremêlent avec la politique, les services de renseignement, les médias et l’économie. Son but ultime n’est pas la simple normalisation, mais bien la recréation du Maroc lui-même comme espace fonctionnel au sein d’un système sioniste plus vaste. »

Ouihmane considère qu’« il y a un ciblage systématique de la foi islamique et des symboles nationaux, à travers la promotion de déclarations qui remettent en cause le statut de la prophétie, la profanation de l’hymne national en l’associant à l’hymne de l’armée d’occupation, et le lancement d’appels médiatiques considérant le Maroc comme une terre juive », révélant que « ces pratiques sont diffusées au compte-gouttes sous forme de publicités, par tranches, afin de tester les réactions officielles et populaires ».

Il rappelle non sans inquiétude le dépôt de Ben Gourion en dehors de la Palestine pour préserver le projet sioniste au cas où il trébuche dans son centre originel, ainsi que les premières propositions d’établir Israël au Maroc, qui avaient été discutées par le mouvement sioniste mondial en 1903, en présence de Théodore Herzl.

Comme en Palestine

Il établit aussi un lien entre « ce qu’il se passe aujourd’hui au Maroc et les débuts de l’occupation de la Palestine pendant le mandat britannique », rappelant que « la prise de contrôle du Mur occidental de la mosquée d’al-Aqsa et la démolition du quartier des Maghrébins sous la contrainte de ses habitants avaient commencé par de simples prières limitées sur une surface d’un mètre et demi ».

La position de l’observatoire est partagée par le parti al-Chaab qui a rappelé la tragédie de la Palestine : « elle n’a pas commencé avec les chars d’assaut, mais avec le « Mur des Lamentations ». Le début fut marqué par des « visites religieuses » sporadiques exploitant la tolérance des populations locales et des tentatives malveillantes pour « tâter le terrain » et imposer un fait accompli… et cela s’est terminé par le plus grand crime de colonisation et de nettoyage ethnique de l’histoire moderne. »

Des observateurs constatent que ces initiatives coïncident avec les déclarations du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, qui a évoqué le « droit des sionistes sur le territoire marocain, et plus précisément sur Marrakech, comme solution de repli en cas de défaite existentielle de l’entité ».

Selon Ouihmane ces déclarations témoignent d’une « stratégie culturelle et stratégique visant à transformer le Royaume en une terre d’avenir » pour les Israéliens.

Source : Divers