mercredi, 08/07/2026   
   Beyrouth 20:45

Joumblatt : l’accord-cadre implique « un virage dangereux » dans l’approche du conflit israélo-libanais

L’ancien dirigeant du Parti socialiste progressiste, le leader druze Walid Joumblatt, a mis en garde contre un « virage dangereux » dans l’approche du conflit israélo-libanais, révélé par l’accord-cadre signé entre les autorités libanaises et l’entité sioniste, sous l’égide des États-Unis.

Il considère que l’aspect le plus dangereux de cet accord réside dans le fait qu’il n’impose pas à Israël un engagement immédiat et clair de se retirer du territoire libanais, mais conditionne ce retrait au respect par le Liban de ses obligations sécuritaires.

Dans le mémorandum qu’il a soumis hier au Conseil religieux druze lors de sa session extraordinaire d’assemblée générale, et que ce dernier a publié aujourd’hui, Joumblatt a déclaré que l’accord-cadre « révèle un dangereux changement d’approche dans le conflit israélo-libanais. Il ne part pas du principe qu’il faut mettre fin à l’occupation et à l’agression israélienne, mais redéfinit plutôt la cause du conflit en la liant à la présence d’armes irrégulières au Liban, notamment celles du Hezbollah. Ainsi, l’accord déplace le centre de gravité du problème de l’occupation israélienne vers l’intérieur du Liban et conditionne le retrait d’Israël du territoire libanais à ce qu’Israël et les États-Unis considèrent comme un succès libanais en matière de désarmement et de démantèlement des structures militaires. »

Il a ajouté qu’« après avoir examiné les 14 articles de l’accord, nous pouvons dire que le plus dangereux est qu’il n’impose pas à Israël un engagement immédiat et clair de se retirer du territoire libanais, mais parle plutôt d’un redéploiement progressif lié à la vérification que le Liban a rempli ses obligations. »

Joumblatt estime que cela signifie concrètement « que l’occupation, qui constituait une violation du droit international, de l’accord d’armistice de 1949, de la résolution 1701 de l’ONU et de l’accord de Taëf, se transformait en une tactique de pression conditionnelle, et qu’Israël peut rester sur le territoire libanais sous prétexte que le Liban n’a pas encore achevé le désarmement des groupes armés ou n’a pas prouvé sa capacité à monopoliser la force. »

Joumblatt estime que l’accord « confère aux États-Unis un rôle qui va au-delà de la médiation pour atteindre celui de tutelle exécutive, par le biais de la vérification, de la coordination des mécanismes militaires et du lien entre l’aide militaire et économique au Liban et les conditions politiques et sécuritaires ».

« Dans ce contexte, la reconstruction elle-même devient conditionnée par une voie sécuritaire intérieure, ce qui transforme le besoin de redressement économique du Liban en un outil de pression sur sa décision souveraine », a-t-il averti.

Consultant l’article 13 de l’accord-cadre, le leader druze l’a taxé de « l’une des clauses les plus dangereuses » car il concerne la cessation des hostilités ou des actions « anti-libanaises » devant les instances politiques et juridiques internationales.

Cet article « pourrait servir à restreindre le droit du Liban de porter plainte contre Israël, de réclamer des réparations ou d’engager des poursuites judiciaires contre les violations devant les Nations Unies et les instances internationales », explique-t-il.

Il a ajouté : « Au lieu de préserver les droits légaux du Liban, l’accord ouvre la voie à une interprétation israélienne extensive qui considère toute action libanaise en réaction aux attaques comme un acte hostile ou contraire à l’esprit de l’accord. »

Joumblatt a également mis en garde contre le fait de « parler de zones modèles ou pilotes, comme mentionné dans le 3e article », considérant que cela « revient concrètement à diviser le sud en zones de sécurité soumises à la vérification, et à lier le retour des habitants et la reconstruction à des accords de terrain décidés par des mécanismes conjoints sur lesquels le Liban n’a aucun contrôle ». Il a ajouté que l’établissement par Israël de « points de passage ou de points de contrôle sur le terrain » instaure « une nouvelle réalité sécuritaire sur le terrain et transforme le retrait d’un droit libanais plein et entier, garanti par les résolutions de l’ONU et l’accord d’armistice, en un processus conditionnel, fragmenté et sans fin ».

Joumblatt estime que l’accord d’armistice israélo-libanais de 1949, « malgré son ancienneté, protège davantage la position libanaise que l’actuel accord-cadre », expliquant qu’il « reposait sur le principe de la cessation des opérations militaires entre forces régulières, du respect de la ligne d’armistice qui suit la frontière internationale entre le Liban et la Palestine, et de la prévention de toute action hostile ou franchissement militaire. Il prévoyait également la création d’un comité d’armistice conjoint présidé par les Nations Unies, et non sous l’égide exclusive des États-Unis, ce qui conférait à l’accord un caractère international indéniable. »

Il a ajouté que l’accord de trêve « soulignait que ses dispositions n’affectaient pas les droits, les demandes ou les positions de l’une ou l’autre des parties dans le règlement final, ce qui signifie qu’il ne demandait pas au Liban de renoncer à ses atouts politiques ou juridiques, qu’il ne liant pas sa sécurité intérieure au retrait d’Israël, et qu’il ne faisait pas de l’occupation le résultat d’un échec interne libanais. »

Joumblatt a fait valoir que « si l’accord d’armistice avait été clairement respecté, le Liban aurait adhéré à un cadre juridique interdisant l’agression, affirmant les frontières internationales, plaçant les violations sous la supervision de l’ONU et préservant ses droits au lieu de les soumettre à des négociations politico-sécuritaires ouvertes, et obligeant Israël à un retrait inconditionnel, alors que l’accord-cadre n’a jamais mentionné le retrait, mais a plutôt parlé du redéploiement des forces d’occupation. »

Plus dangereux que l’accord de mai 1983

En le comparant à l’accord du 17 mai 1983, Joumblatt a déclaré que « l’accord-cadre actuel n’est pas moins dangereux, et pourrait même l’être davantage à certains égards ».

Il a expliqué que l’accord du 17 mai « stipulait explicitement la fin de l’état de guerre et le retrait des forces israéliennes du Liban conformément à une annexe spécifique, mais il comprenait des dispositions relatives à la sécurité et à la normalisation des relations, ainsi que des restrictions sur les relations arabes du Liban, ce qui en faisait un accord portant atteinte à la souveraineté libanaise et limitant la position régionale du Liban ».

Quant à l’accord-cadre actuel, il « évite parfois d’employer un langage direct de normalisation, mais il va plus loin en remodelant l’intérieur même du Liban. Il ne se contente pas d’arrangements sécuritaires aux frontières, mais exige plutôt le démantèlement d’une structure militaro-politique au Liban, et conditionne l’aide, la reconstruction et le retrait israélien aux résultats de ce processus. Ainsi, l’accord devient une intervention dans la structure de l’État libanais et ses équilibres internes, et non un simple accord de sécurité avec Israël. »

Il a souligné que l’accord du 17 mai « comportait des engagements relativement réciproques, quoique imparfaits et dangereux, tandis que l’accord-cadre actuel confère à Israël le rôle de partie qui surveille, attend et vérifie, tandis que le Liban supporte la charge de la mise en œuvre interne », considérant que « cette faille rend l’accord actuel plus susceptible d’être exploité par Israël, de sorte que si une partie internationale exige le retrait d’Israël, elle peut affirmer que l’accord lui-même a lié ce retrait au désarmement et à sa vérification. »

Joumblatt a conclu en affirmant que « le danger de l’accord-cadre réside non seulement dans ses clauses, mais aussi dans la philosophie sur laquelle il repose. Il ne considère pas l’occupation comme une cause centrale du conflit, mais la transforme en une conséquence conditionnée par la situation intérieure libanaise. Il ne préserve pas le droit du Liban de résister aux violations sur les plans juridique et politique, mais impose au contraire de larges restrictions à son action internationale. Il ne rétablit pas l’accord d’armistice, qui garantissait au Liban une protection juridique internationale, mais le remplace par un cadre américano-israélien qui ouvre la voie à une nouvelle tutelle sécuritaire et politique. »

Il a ajouté que le Liban « est confronté à un dilemme dangereux : soit s’engager dans une confrontation interne au sujet des armes, susceptible de menacer la paix civile, soit accepter la poursuite de l’occupation, des déplacements de population et des attaques sous prétexte que les conditions de mise en œuvre ne sont pas remplies. Dans les deux cas, Israël aura obtenu ce qu’il souhaite : transformer son occupation, qui constitue une violation flagrante du droit international, en une question négociable liée à la situation intérieure libanaise. C’est là le résultat le plus dangereux de cet accord. »

Le Conseil religieux druze a noté que le mémorandum « a été adopté et confirmé par le conseil »

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar