mercredi, 14/10/2026   
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La facture de l’escalade avec le Yémen : L’Arabie saoudite risque son économie

Par Salam Mohammad

Alors que ses consœurs du Conseil de coopération du Golfe souffraient du recul ou de l’arrêt de leurs exportations de pétrole et de gaz, l’Arabie saoudite est restée la seule à maintenir l’acheminement d’une part non négligeable de ses exportations vers les marchés mondiaux.

Elle s’appuyait pour cela sur l’oléoduc Est-Ouest, qui s’étend du gisement de Abqaïq, dans la province orientale, jusqu’au port de Yanbu, sur la côte de la mer Rouge.

Mais avec l’effondrement de la trêve informelle entre Sanaa et Riyad, suite au ciblage par cette dernière de l’aéroport de la capitale yéménite le 13 juillet dernier, cette alternative stratégique pour le Royaume se retrouve désormais dans la ligne de mire des missiles du mouvement de résistance yéménite Ansarullah.

Ce dernier ne s’est d’ailleurs pas contenté de viser les pétroliers saoudiens traversant le détroit de Bab-el-Mandeb : il a tiré ses missiles vers plusieurs infrastructures pétrolières saoudiennes stratégiques, notamment des gisements, des raffineries et des oléoducs. Les intérêts pétroliers du Royaume rejoignent ainsi, aux côtés des principaux aéroports, la liste du « blocus contre blocus ».

Un coup dur pour l’économie

L’Arabie saoudite n’a pas eu à chercher bien loin pour comprendre que toute nouvelle aventure militaire au Yémen, ou tout soutien à celle-ci, aurait de lourdes répercussions sur son économie.

D’autant plus qu’Ansarullah a prouvé qu’elle disposait de capacités militaires non négligeables, lui ayant permis pendant la guerre de Gaza d’imposer un blocus maritime total sur le port israélien d’Eilat, avant de contraindre les États-Unis à conclure un accord indirect pour stopper les attaques mutuelles.

Bien que certains indicateurs liés à l’économie saoudienne soient classés comme acceptables — notamment l’amélioration des exportations pétrolières en septembre dernier (estimées par des cabinets de conseil et des organismes de suivi internationaux à environ 6,6 millions de barils par jour), un taux d’inflation contenu à 1,8 % en août, ainsi qu’une évolution positive de l’activité du secteur privé non pétrolier en septembre —, d’autres indicateurs affichent une dynamique négative.

Ils reflètent la nature des pressions exercées sur l’économie du Royaume, sur fond de baisse continue de l’activité pétrolière, de perturbations des chaînes d’approvisionnement et de risques géopolitiques.

Il est donc nécessaire de distinguer l’amélioration des indicateurs d’affaires de la croissance de l’économie saoudienne dans son ensemble.

Selon les données de la Banque centrale saoudienne, l’économie s’est contractée de 4,7 % en glissement annuel au deuxième trimestre de cette année. De plus, les données disponibles montrent un recul des exportations totales de 17,2 % en juillet en glissement annuel, parallèlement à une baisse des importations de 15,4 %.

Avec les récents développements au Yémen, la nature et la répartition géographique des installations visées par la riposte yéménite, ainsi que les conséquences d’un renforcement du contrôle d’Ansarullah sur le détroit de Bab-el-Mandeb, l’économie saoudienne fait face à un ensemble de variables potentielles à l’impact négatif profond :

  • La baisse probable des volumes d’exportations pétrolières saoudiennes et la hausse de leurs coûts ;
  • L’endommagement des infrastructures pétrolières à l’intérieur du Royaume et l’alourdissement de la facture de réparation et de remise en production ;
  • Les pertes du secteur du tourisme et des transports aériens dues au ciblage des aéroports ;
  • L’érosion de la confiance des investisseurs et la réticence de certains à injecter de nouveaux capitaux en raison du niveau élevé des risques ;
  • Le recul de l’activité non pétrolière sous l’effet de la baisse de la demande et de la hausse des coûts ;
  • Le creusement du déficit budgétaire avec l’augmentation des dépenses militaires et les tentatives de soutenir l’économie pour préserver le pouvoir d’achat des citoyens, entre autres répercussions.

Aggravation de la souffrance des Yéménites

Cette nouvelle escalade risque également — et c’est le plus important — d’aggraver la souffrance des Yéménites dans toutes les provinces et régions du pays, lesquelles croulent, après près de 12 ans de guerre et de blocus, sous le poids de la hausse des taux de pauvreté et de l’insécurité alimentaire.

Les estimations des Nations unies indiquent que le nombre de Yéménites ayant besoin d’assistance et de soutien dépasse les 22 millions de personnes, sur une population totale estimée à environ 41 millions l’année dernière.

De plus, le nombre de déplacés internes dépasse les 5,2 millions de personnes, selon les estimations du Plan de réponse humanitaire de l’ONU.

Alors que la division politique et institutionnelle a engendré deux environnements économiques distincts quant à la gestion monétaire, aux politiques financières, aux taux de change et aux prix locaux, les effets de cette fracture se manifestent par :

  • La divergence du taux de change du riyal entre les différentes zones de contrôle ;
  • La disparité des prix des denrées de base et des coûts de transport ;
  • La difficulté de circulation des marchandises et des capitaux entre les régions ;
  • L’inégalité des capacités des autorités locales à percevoir les recettes et à financer les dépenses, sans compter le déséquilibre dans l’accès aux services publics et aux opportunités d’emploi.

Par conséquent, un embrasement de la situation au Yémen signifie très probablement un approfondissement de la récession économique subie par le pays depuis des années, ainsi qu’une extension de la pauvreté et de la faim, avec un impact variable selon les provinces et les zones de contrôle. Dans ce contexte, on s’attend à :

  • Une hausse des prix des denrées alimentaires, du carburant et des transports consécutive à la perturbation des approvisionnements et à l’augmentation des coûts d’importation ;
  • Un ralentissement de la production, une paralysie des activités commerciales et de services, ainsi que la fermeture d’entreprises et la perte d’emplois pour de nombreuses personnes ;
  • Une baisse des revenus réels des ménages ;
  • Une explosion des besoins humanitaires, parallèlement à la détérioration des financements régionaux et internationaux ou aux difficultés d’acheminement de l’aide.

L’ampleur réelle des dégâts dépendra de la portée et de la durée de la guerre, et de sa capacité à paralyser le fonctionnement des ports ou des routes commerciales, ou à cibler les ressources et richesses économiques du pays. Il est donc impossible de déterminer un pourcentage précis de baisse de la croissance ou de hausse de l’inflation sans un scénario clair et des données factuelles disponibles après le déclenchement des affrontements.

Avant tout cela, les pertes humaines risquent de s’alourdir encore, notamment avec le ciblage des zones résidentielles et des marchés populaires par des frappes aériennes, sans oublier les actes de représailles, dont certains ont éclaté au grand jour à travers des scènes d’écrasement de centaines de Yéménites non armés par des éléments affiliés au gouvernement pro-saoudien.

Pour rappel, les dernières statistiques en circulation font état de près de 377 000 décès depuis le début de la guerre saoudienne contre le Yémen, dont environ 154 000 personnes tuées directement par les combats et la violence, tandis que les décès indirects — dus aux maladies, à la faim et à l’effondrement des services publics essentiels — sont estimés à environ 223 000.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar