mardi, 03/11/2026   
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L’Algérie au Niger : Le gaz, les « djihadistes »… et les Émirats arabes unis

Par Moussa Acharchour

La décision d’envoyer des unités militaires au Niger, approuvée par le Parlement algérien dans ses deux chambres le 25 octobre dernier, continue de susciter un large débat au sein des milieux politiques et médiatiques. Cette initiative constitue en effet une première du genre depuis la participation de l’armée algérienne à la guerre de 1973 — si l’on excepte sa participation symbolique au sein de la « Force arabe de dissuasion » au Liban en 1976.

Même si le gouvernement algérien a officiellement justifié sa décision par le besoin urgent de protéger ses intérêts vitaux chez son voisin, notamment les puits de pétrole exploités par la société « Sonatrach » à proximité de la frontière avec la Libye, ainsi que la sécurisation du gazoduc transsaharien provenant du Nigeria, les discussions portent sur les arrière-plans non déclarés de cette décision.

Ce, tout particulièrement à la lumière des développements dangereux que connaît la région du Sahel africain et certaines parties du nord du continent, spécifiquement en Libye.

Au secours d’un régime chancelant

Les défenseurs de la décision d’intervention font valoir que l’Algérie n’a pas trouvé d’autre issue face à l’accentuation des menaces venant du delà de ses frontières sud et sud-ouest, lesquelles préfigurent le basculement de toute la région dans les griffes du chaos.

Le Niger et le Mali subissent en effet, depuis des mois, des attaques intensives menées par des groupes djihadistes déployés dans cet espace vaste et dégagé. Ces attaques ont révélé la fragilité des régimes militaires arrivés au pouvoir à la suite de coups d’État militaires accompagnés de discours nationalistes radicaux — devenus plus véhéments après le départ des forces françaises et la nationalisation des mines d’uranium —, ainsi que l’incapacité des alliés de ces régimes, notamment la Russie et la Turquie, à imposer la sécurité et la stabilité dans les deux pays.

La tentative de coup d’État qui a ciblé le régime du président du Conseil militaire au pouvoir au Niger, Abdourahamane Tiani, le 29 août dernier — et dont le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a révélé lors d’une conférence de presse ultérieure qu’elle s’était produite la nuit de l’arrivée du Premier ministre nigérien en Algérie pour sa première visite dans le cadre de la réconciliation entre les deux pays, après une période de froideur, d’attaques verbales mutuelles et même de rupture — a constitué un signal d’alarme grave pour l’Algérie.

Tebboune y a vu une « intention préméditée » de déstabiliser son pays, sans toutefois révéler l’identité de la ou des parties se trouvant derrière cette tentative, tout en affirmant que son pays ne pouvait pas, face à un tel tournant dangereux, rester en spectateur. Ainsi est venue la décision d’intervention, attribuée à une demande du gouvernement de Niamey.

Et alors que des médias ont rapporté que le premier convoi militaire algérien, dont le volume n’a pas été divulgué, est arrivé le 30 octobre dernier à Arlit, ville connue pour son activité d’extraction d’uranium dans le nord du Niger, l’Algérie a annoncé son engagement à fournir des aides matérielles urgentes à son voisin, dont la première tranche était une cargaison de 1 650 tonnes de carburant que le gouvernement a déclaré avoir envoyée le 31 janvier dernier, sans se soucier des commentaires d’indignation qui ont pullulé sur les réseaux sociaux.

Bien que l’intervention se soit déroulée dans les cadres officiels déclarés, des observateurs estiment que l’Algérie aurait pu se contenter d’une présence sécuritaire et de renseignement, ou d’un soutien politique et financier aidant le régime à survivre, soulevant des interrogations sur la raison du déploiement d’unités militaires dans une zone sensible proche de la frontière libyenne.

Dans ce cadre, des observateurs pensent que l’armée algérienne sera présente sur plusieurs fronts ; elle devra d’abord contribuer à faire face aux attaques des « groupes djihadistes » qui se multiplient dans la région, au premier rang desquels ceux affiliés aux organisations « Al-Qaïda », « Daech » et au groupe « Boko Haram ».

Cela signifie qu’elle se retrouvera à assumer le même rôle que celui joué par les forces françaises dans le cadre de l’opération « Barkhane » avant leur retrait en 2023. Bien qu’elle possède une vaste expérience dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière, personne ne peut évaluer le coût matériel et humain qui découlera de sa présence là-bas.

L’expert stratégique spécialisé dans les affaires africaines, Mohamed Tourchine, explique dans son entretien à « Al-Akhbar » que l’ouverture sérieuse de l’Algérie sur les pays du Sahel, et en particulier le Niger, est due à « ce que cette région représente comme importance suprême pour la sécurité régionale et la sécurité algérienne ».

Il précise que l’Algérie cherchera directement à réaliser la sécurité et la stabilité dans cette région pour deux raisons : la première est « la protection de ses intérêts économiques, notamment le gazoduc devant traverser le Niger, car tout trouble ou inquiétude sécuritaire contribuera d’une manière ou d’une autre au recul ou à l’annulation du projet » ; la seconde est « de limiter l’influence des groupes djihadistes qui sont restés présents et déployés dans cette région, au point d’être presque parvenus au palais présidentiel ».

Tourchine considère que la persistance des menaces sécuritaires au Niger « aura un impact négatif » sur l’Algérie, tout en ajoutant que cette dernière cherche également à « obtenir un pied-à-terre et à rivaliser avec les autres puissances régionales déployées dans la région ».

Quel est le lien avec les Émirats ?

Quant au second front, qui semble être le plus dangereux, il consiste à repousser le danger venant de Libye, plus précisément des forces de Khalifa Haftar qui contrôlent la partie orientale du pays.

Les tentacules de ces forces s’étendent jusqu’aux frontières sud et sud-ouest, s’enfonçant jusqu’au cœur du Soudan où elles soutiennent les « Forces de soutien rapide » menées par Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), loyal à Abou Dhabi.

L’Algérie accuse les forces de Haftar — soutenues par les Émirats arabes unis, et à un degré moindre par l’Égypte et l’Arabie saoudite — de susciter des troubles le long de la frontière commune avec elle, tandis que le gouvernement d’« Union nationale » présidé par Abdel Hamid Dbeibah à Tripoli est incapable d’arrêter cette expansion.

Estimant qu’elle est désormais ciblée plus que jamais, surtout après la rupture de ses relations avec les Émirats, l’Algérie n’exclut pas une escalade dans la mobilisation des milices libyennes contre elle dans ces circonstances, allant jusqu’à l’affrontement avec ses forces positionnées derrière sa frontière sud.

Il convient de noter ici que l’armée algérienne s’est installée dans le camp de « Madama », situé à moins de cent kilomètres de la frontière avec la Libye, tandis que les combattants de Haftar ont renforcé leurs positions dans le sud-ouest libyen, notamment au « poste-frontière d’El-Toum », considéré comme la porte de la Libye vers la profondeur africaine.

Par conséquent, il est à prévoir que la tension s’intensifie sur ces lignes de contact, où s’enchevêtrent également les mouvements des bandes de contrebande, de traite des êtres humains et divers groupes armés.

Quoi qu’il en soit, la présence de l’armée algérienne dans cette région représente, comme l’a exprimé le magazine français « Marianne », « un message aux Émirats et à Haftar ».

Cependant, la question demeure : l’Algérie se contentera-t-elle de la force de dissuasion pour atteindre ses objectifs, ou a-t-elle dans son sac d’autres plans dont le moment de la révélation n’est pas encore venu ?

Source : Médias