samedi, 07/11/2026   
   Beyrouth 19:13

Liban: Que demande le pouvoir à la résistance si l’ennemi prend l’initiative de la guerre ?

Le débat en cours sur la place du Liban dans toute confrontation potentielle entre les États-Unis et ‘Israël’ d’une part, et l’Iran d’autre part, ne se limite plus à la question que les responsables libanais ou les invités étrangers posent à la direction du Hezbollah.

Il est désormais davantage lié à une autre interrogation très claire : que se passerait-il si ‘Israël’ décidait de mener une opération contre le Liban… et comment la résistance est-elle censée réagir ?

Au niveau des piliers du pouvoir soumis à la tutelle US, leur seule préoccupation concerne ce que le Hezbollah peut faire.

Cependant, les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam refusent même de discuter de l’éventualité d’une guerre initiée par ‘Israël’, car ils ne veulent pas fournir de réponse qui pourrait être interprétée comme une approbation de la résistance à l’agression.

Cela nous ramène à la première question : le pouvoir au Liban dispose-t-il d’une stratégie claire pour faire face au refus de l’ennemi de se retirer des territoires occupés, et quel serait le programme du pouvoir pour la libération ?

Quoi qu’il en soit, ‘Israël’ ne semble pas très intéressé par les discussions internes libanaises ; il agit sur les plans politique et militaire en partant du principe que le Liban fait partie de la bataille. C’est également le cas des Américains.

Tel-Aviv, tout comme Washington, part de l’hypothèse que l’Iran répète dans chaque session de négociation qu’il veut des États-Unis qu’ils garantissent la fin de la guerre israélienne contre le Liban avec un calendrier pour le retrait de leurs troupes des territoires occupés.

Cette démarche constitue une condition dont la force égale celle relative à la fin de la guerre contre l’Iran et à la levée du blocus qui lui est imposé. C’est ce qui amène l’autre partie à traiter la scène libanaise comme faisant partie du théâtre des négociations.

À cela s’ajoutent des données aux contours encore flous selon lesquelles le projet iranien visant à mettre fin à la guerre sur tous les fronts inclurait également la Syrie et Gaza, bien que certains estiment que cela pourrait être perçu par l’Iran comme une évidence si les États-Unis acceptent la condition de mettre fin à la guerre dans toute la région.

Des informations ont filtré de Téhéran selon lesquelles certains médiateurs transmettant des demandes entre l’Iran et Washington auraient à leur tour demandé si l’Iran voulait que les forces de l’Axe de résistance au Liban, en Irak et au Yémen entrent en guerre en cas de reprise de celle-ci.

Alors que certains s’attendaient à un silence iranien, les responsables iraniens ont tenu des propos choquants pour leur interlocuteur : nous n’avons besoin de personne pour nous défendre, mais nous ne sommes pas responsables de ce que pense toute partie qui se sent visée ou dont la souveraineté est incomplète.

Les Iraniens ont affirmé clairement que ces propos concernent toute la région et non seulement les trois pays mentionnés.

De l’autre côté, il a été remarquable que les discussions en cours dans l’entité occupante concernant la formation du gouvernement n’aient pas abordé le dossier libanais de manière détaillée.

Cela ne signifie pas que le Liban ne figure pas au cœur des préoccupations de tout nouveau gouvernement, mais il est clair que le défi le plus important pour les dirigeants de l’ennemi réside dans la manière de traiter la nouvelle administration américaine pour la région et dans l’ampleur de la marge accordée à ‘Israël’ pour agir au Liban et dans les autres zones.

Par conséquent, le front libanais est redevenu un élément central des préparatifs militaires face à l’éventualité d’une nouvelle agression contre l’Iran, sur fond d’augmentation des rapports médiatiques israéliens faisant état de la préparation de plans offensifs contre le Hezbollah, parallèlement aux mouvements militaires sur la frontière nord, ce qui indique que Tel-Aviv intègre la possibilité d’une extension de la confrontation dans ses calculs opérationnels.

Le journal Yediot Aharonot a révélé que l’armée israélienne a préparé un plan offensif contre le Hezbollah, par anticipation d’une décision du parti de s’engager dans toute confrontation militaire à venir.

L’importance de ces données ne réside pas seulement dans le contenu du plan, mais aussi dans son timing, car il intervient en même temps que s’intensifient les informations concernant des plans conjoints américains et israéliens visant les installations nucléaires et balistiques ainsi que l’infrastructure militaire iranienne.

Les mouvements israéliens sur le front nord reflètent une orientation visant à maintenir les options militaires ouvertes, avec l’intensification des missions de reconnaissance, la surveillance des mouvements du Hezbollah et l’élévation du niveau de préparation des forces déployées dans la région.

Le site Walla a ainsi rapporté, citant un haut responsable sécuritaire israélien, que le parti « chercherait à accroître les frictions avec les forces israéliennes présentes le long de la Ligne jaune, dans le but d’envoyer un message lié à l’Iran, au moment où l’appareil militaire israélien suit de près les probabilités d’une reprise de la confrontation avec Téhéran ».

Selon le site, le chef d’état-major de l’armée ennemie, Eyal Zamir, a effectué une tournée sur le front nord pour s’informer de la préparation des troupes et des scénarios potentiels.

Le rapport a également souligné que, selon les estimations sécuritaires israéliennes, « le Hezbollah n’aurait pas encore retrouvé l’intégralité de ses capacités endommagées lors des affrontements précédents, malgré la poursuite de ses tentatives pour reconstituer son potentiel ».

Pour le Liban, la gravité de ce panorama ne se limite pas au risque de voir cibler des sites militaires ou des infrastructures appartenant au parti, mais elle est liée à la possibilité d’étendre les opérations terrestres et d’imposer de nouvelles réalités de terrain dans le Sud.

En effet, ‘Israël’ ne dissocie pas la question du déploiement de l’armée libanaise et celle du démantèlement de l’infrastructure militaire du Hezbollah, et fonde ses positions sur ce qu’il considère comme une lenteur dans le traitement de ce dossier au sein de plusieurs régions.

Les calculs israéliens dépassent, selon les données en circulation, les limites de la bande frontalière. Des craintes se manifestent ainsi qu’une escalade régionale d’envergure ne conduise à redessiner le périmètre des opérations vers des zones plus profondes du Sud, allant jusqu’à Iqlim al-Tuffah et les environs du fleuve Awali, sans exclure le durcissement des mesures maritimes.

En contrepartie, le pouvoir libanais se trouve aujourd’hui dans une position confuse face aux développements récents. Le dialogue que s’emploie à mener le président du Parlement, Nabih Berri, entre le président de la République Joseph Aoun et le Hezbollah se heurte toujours au désaccord interne concernant le rôle du Hezbollah et la nature de la confrontation avec ‘Israël’, face à l’insistance du pouvoir à s’engager dans une voie défaitiste et à ne pas reculer sur les décisions prises au sein du gouvernement en ce qui concerne les armes.

Quant à la réalité interne israélienne après les récentes élections et son impact sur le front libanais, le site Ynet a rapporté, citant des responsables israéliens, des estimations selon lesquelles la reprise de la confrontation militaire pourrait modifier le cours des négociations intérieures, à la lumière des difficultés rencontrées par Netanyahu pour s’assurer une majorité parlementaire et de la possible transition du pouvoir vers l’opposition menée par Eisenkot.

Il est à noter que la transition du pouvoir à Tel-Aviv, si elle venait à se produire, ne constitue pas en soi une garantie de cessation des opérations militaires ou d’atténuation des pressions exercées sur Beyrouth, à moins qu’elle ne s’accompagne d’un changement clair dans la position concernant les ententes sécuritaires et l’avenir de l’occupation au Liban.

S’ajoute à cette équation le dossier de la FINUL, à l’approche de la fin de son mandat le 31 décembre 2026, conformément à la résolution 2790, sachant qu’un processus de réduction de ses effectifs et de retrait doit s’amorcer au cours de l’année 2027.

Ce développement soulève des questions quant à la partie qui assumera les tâches de surveillance, de notification et de coordination le long de la Ligne bleue.

Selon les informations, la France et l’Italie continuent d’œuvrer pour promouvoir des arrangements internationaux garantissant le soutien continu à l’armée libanaise et prévenant l’apparition d’un vide sécuritaire dans le Sud, mais ces démarches restent tributaires d’un consensus sur la nature des compétences, des missions, de la couverture politique et juridique, ainsi que des positions de Washington et de Tel-Aviv.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar