Des images satellites de Planet Labs et des analyses d’experts du renseignement ont révélé début juillet une accélération sans précédent de la construction du « port spatial » turc dans la région de Warsheikh, au nord de Mogadiscio, la capitale somalienne.
Des images récentes ont révélé la présence de casernes militaires, d’une hélisurface et d’une clôture de sécurité entourant le site, ainsi que le début de la construction d’immenses entrepôts souterrains en béton. Le coût total du projet est estimé à environ 350 millions de dollars, Ankara prévoyant d’achever sa première phase d’ici l’été 2027.
Le quotidien français Le Monde a révélé l’information, citant des rapports du Middle East Forum, indiquant que la Turquie travaille à la construction d’un site de lancement de missiles et de vaisseaux spatiaux combinant une base satellitaire et un centre d’essais de missiles balistiques à longue portée. Le rapport suggère même qu’Ankara envisage d’utiliser les côtes somaliennes de l’océan Indien pour tester des missiles hypersoniques de fabrication nationale.
Préoccupations des services de renseignement israéliens
Ces développements ont introduit une nouvelle dimension stratégique à la sécurité régionale. Les milieux de la sécurité et du renseignement affiliés au ministère israélien de la Défense et à l’Institut des relations israélo-africaines de Tel-Aviv ont exprimé de vives inquiétudes quant à l’acquisition par Ankara de capacités de missiles avancées susceptibles de contrôler la navigation en mer Rouge et dans l’océan Indien. Le quotidien israélien Israel Hayom, ainsi que le site web israélien i24NEWS, ont relayé les craintes, au sein des milieux militaires, que cette installation à double usage puisse servir de base pour menacer des intérêts israéliens vitaux. Dans ce contexte, le journal a cité le Dr Rashid Abdi, directeur de recherche au Centre mondial Sahan, qui a lancé un avertissement public lors du Forum économique Afrique-Israël à Tel-Aviv : « Si j’étais à la place d’Israël, je serais très inquiet de cette situation, car les missiles qui pourraient y être testés sont capables de frapper en profondeur le territoire israélien.»
À l’inverse, Bloomberg a confirmé les aspects techniques et politiques du projet, citant des déclarations directes du président somalien Hassan Sheikh Mohamud, qui a reconnu l’existence d’un accord avec Ankara pour tester des technologies spatiales et de missiles balistiques.
Le front de Berbera et les contre-mouvements
Les préoccupations israéliennes sont étroitement liées à la région séparatiste du Somaliland, située directement dans la zone d’influence présumée du site turc. Selon un rapport du Middle East Forum et des enquêtes du Monde, « Israël » et les Émirats arabes unis entretiennent une étroite coopération en matière de sécurité et de renseignement avec cette région. En réponse aux initiatives turques à Mogadiscio, l’imagerie satellite a révélé des contre-mouvements directs au Somaliland. Il s’agit notamment d’expansions en cours et de la construction d’une base militaire conjointe à l’aéroport et au port stratégiques de Berbera, servant les intérêts américains et israéliens. Cette base, soutenue directement par les Émirats arabes unis, vise à surveiller l’influence croissante de la Turquie et à sécuriser le golfe d’Aden et ses voies maritimes stratégiques.
Intense protection militaire turque : L’expansion militaire turque n’aurait pas pu se faire sans une protection au sol robuste
Récemment, le soutien militaire turc au gouvernement somalien à Mogadiscio a connu une évolution qualitative significative afin de sécuriser les investissements qui ont officiellement débuté par des accords de coopération en 2025, après quinze années d’expansion économique. Des sources militaires au sein du ministère turc de la Défense ont confirmé qu’Ankara a fourni à l’armée somalienne trois avions de chasse F-16, des chars M48 et des systèmes de défense aérienne de pointe. De plus, les forces turques ont, pour la première fois, mené des opérations de combat directes au sol pour protéger le périmètre de leurs installations et des chantiers en cours à Warshakh.
Cette intensification de l’engagement sur le terrain en Somalie, contrebalancée par une mobilisation au Somaliland, transforme la Corne de l’Afrique en un théâtre d’affrontements internationaux, à la fois directs et larvés. Dans un contexte marqué par une colère américaine contenue et des menaces voilées adressées à Mogadiscio, l’invitant à reconsidérer certains aspects de la coopération sécuritaire si la côte somalienne continue d’être transformée en plateforme de lancement de missiles, menaçant ainsi l’équilibre militaire au Moyen-Orient et en Afrique.
Source : Médias
