mardi, 21/07/2026   
   Beyrouth 02:23

Rubio à Aoun : Pas de garanties avant la dissolution du Hezbollah

La visite du président de la République, le général Joseph Aoun, aux États-Unis est revenue chargée de points d’interrogation plus que d’accomplissements.

Dès l’instant de son arrivée, des remarques ont été soulevées quant à l’apparition officielle du président, vêtu d’une tenue décontractée ( sport ), dans une scène où beaucoup ont vu un éloignement des usages qui régissent l’accueil des chefs d’État.

Ensuite, la taille de la délégation d’accompagnement, comprenant des membres de la famille et des conseillers, est venue accentuer la polémique à un moment où le Liban croule sous l’une de ses pires crises économiques et financières, et alors que les Libanais attendaient de lui qu’il présente une image différente de celle de ses prédécesseurs, reflétant l’austérité sous l’ère de la « réforme » et de la « lutte contre les corrompus » !

Ces détails sont restés secondaires face à l’erreur protocolaire la plus marquante de la visite : il a, dans un précédent, entamé son programme officiel par une réunion avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, dans le bureau de ce dernier, au lieu que Rubio ne lui rende visite à son lieu de résidence.

L’équipe d’Aoun s’est empressée de préciser que Rubio avait demandé la rencontre car il serait absent de la réunion de la Maison-Blanche.

Au-delà de la défaillance de l’image, Washington a présenté la visite d’Aoun comme une opportunité pour renforcer « le processus de construction de l’État et la consolidation du rôle des institutions légitimes ».

Rubio a ainsi annoncé le soutien à la cause du gouvernement libanais dans « la direction de la restauration de l’autorité de l’État », soulignant « la poursuite de l’engagement de l’administration américaine à soutenir la mise en œuvre des ententes sécuritaires et politiques liées à la phase à venir ».

Il a également réaffirmé l’importance de parachever le processus relatif au monopole des armes aux mains des institutions officielles, considéré comme l’un des piliers majeurs de la vision américaine pour l’avenir du Liban.

Des sources informées ont indiqué que « Rubio a réitéré devant Aoun qu’aucune garantie concernant le retrait israélien n’existerait avant que le Liban ne prouve son engagement envers sa promesse de désarmer le Hezbollah et de dissoudre le parti, lequel constitue un danger pour Israël, les États-Unis ainsi que pour le Liban lui-même ».

Alors que les négociations cherchaient des mécanismes pour stabiliser la situation, l’incident de la localité d’Al-Mansouri (Sud-Liban) est venu révéler l’ampleur des risques qui entourent la phase d’application de l’accord. En effet, l’explosion d’un véhicule appartenant à l’armée libanaise a causé le martyre d’un militaire et la blessure d’un officier et d’un soldat, ce qui a braqué à nouveau les projecteurs sur la fragilité de la situation sécuritaire dans des zones censées passer progressivement sous la responsabilité de l’État libanais.

Bien qu’Israël se soit empressé de nier toute responsabilité dans l’explosion, le communiqué de l’ennemi était porteur d’une signification politique qui dépasse la question du démenti, en évoquant « l’entrée du véhicule militaire libanais dans la zone de sécurité sans coordination préalable », dans une tentative évidente de consacrer un concept de terrain basé sur l’existence d’un périmètre géographique dont ‘Israël’ contrôle les règles de mouvement à l’intérieur.

Le problème ne dépend pas uniquement de l’incident en lui-même, mais de la logique que l’ennemi tente d’imposer, et qui pourrait conduire en pratique à transformer l’occupation d’une présence militaire temporaire en une réalité politique et sécuritaire dotée de ses propres règles.

En contrepartie, les faits sur le terrain continuent d’indiquer une trajectoire d’escalade israélienne qui contredit le discours d’apaisement. Les raids répétés ainsi que les opérations de dynamitage et de rasage qui ont touché un certain nombre de localités du Sud ne reflètent pas seulement des mesures militaires conjoncturelles, mais suggèrent une tentative d’imposer de nouvelles équations avant d’aboutir à tout règlement final.

Cette réalité ne pose pas seulement une question sur la nature de la future stratégie israélienne, mais aussi sur ce que le Liban obtient de ses rencontres et réunions avec les Américains.

Et qu’y a-t-il entre les mains d’Aoun pour pousser l’Américain à faire pression sur ‘Israël’ afin d’accorder à cette autorité ne serait-ce qu’une contrepartie face à tous les cadeaux qu’elle a offerts ?

Il reste que malgré ce qu’a dit Rubio sur la dissociation des volets, toute escalade régionale pourrait rebattre les priorités et donner à ‘Israël’ un prétexte supplémentaire pour suspendre ses engagements ou reporter les étapes du retrait sous prétexte de faire face à des dangers plus grands.

Dans ce cas, l’accord libanais devient susceptible de se transformer, passant d’une voie pour mettre fin à la crise à un cadre nouveau pour la gérer. C’est pourquoi le véritable test de la visite d’Aoun ne réside pas seulement dans le volume de soutien qu’il obtiendra à Washington, mais dans la nature des garanties que fournira l’administration américaine, et c’est ce qui ne s’est pas produit. Car jusqu’à dimanche, les informations entourant la visite confirment qu’elle est dépourvue d’un agenda clair et d’une vision sur ce en quoi Washington pourrait aider concrètement, tandis qu’Aoun cherche à obtenir le moindre gain sur le terrain pour se renflouer politiquement et populairement.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar