jeudi, 04/06/2026   
   Beyrouth 06:38

Négociations de Washington: ‘Israël’ refuse la demande du Liban de cesser les combats | Trump veut la séparation et Araghchi réplique : pas d’accord sans le Liban

Alors que les négociations entre la délégation officielle et la délégation de l’ennemi se déroulaient dans la capitale américaine, le dossier libanais occupait le devant de la scène dans les positions des plus hautes instances aux États-Unis et en Iran, dans un paysage qui reflétait l’ampleur de l’interconnexion entre le sort de la guerre au Liban et l’accord dont on parle entre Téhéran et Washington.

Pour le troisième jour consécutif, Donald Trump est intervenu directement sur la question libanaise. Le président américain s’est félicité d’avoir établi le premier contact direct entre son administration et le Hezbollah, tout en affichant sa volonté de dissocier les négociations sur le détroit d’Ormuz de l’évolution du conflit au Liban.

De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a clairement tranché : Téhéran n’acceptera aucun compromis avec Washington s’il n’inclut pas explicitement l’arrêt de l’offensive contre le Liban.

Trump a affirmé que son administration avait entamé des discussions inédites avec le Hezbollah, prétendant que le Hezbollah s’était engagé à ne pas attaquer ‘Israël’ à condition que celle-ci cesse ses frappes.

Tout en confirmant sa volonté d’isoler le volet iranien et la réouverture du détroit d’Ormuz des combats qui font rage au Liban-Sud, le président américain a rapporté que le Premier ministre ennemi, Benjamin Netanyahu, l’avait informé de tirs de missiles sur Israël. Il a conclu en soulignant qu’« un cessez-le-feu au Liban ne ressemble en rien aux accords conclus ailleurs dans le monde ».

En réponse, Abbas Araghchi a réaffirmé l’indissociabilité des fronts iranien et libanais : « Soit la guerre s’arrête en Iran et au Liban, soit elle se poursuit sur les deux fronts ».

Le chef de la diplomatie iranienne s’est montré catégorique : « Nos forces armées sont prêtes à frapper Israël en cas d’agression contre Beyrouth. Toute attaque contre la capitale aura des conséquences désastreuses et relancera une guerre totale ».

Il a également révélé : « Lors des discussions sur la trêve, j’ai demandé au Premier ministre pakistanais de mentionner expressément le Liban lorsque l’arrêt des combats sur tous les fronts est évoqué. C’est ce qui a permis d’intégrer le Liban dans l’accord final ».

Avant d’ajouter : « Nous n’avons jamais cherché à nous ingérer dans les affaires intérieures libanaises, mais le Hezbollah reste un pilier incontournable de l’échiquier politique local ».

Pendant ce temps, le quatrième round de discussions s’est ouvert entre la délégation officielle et la délégation ennemie, dans un climat lourd d’accusations israéliennes.

Tel-Aviv prétend que le Hezbollah a violé l’accord tacite fondé sur l’équation « la banlieue sud contre le Nord ». Cette stratégie vise visiblement à accentuer la pression sur la Résistance et à fabriquer un prétexte pour reprendre les bombardements sur la banlieue sud de Beyrouth. Ces déclarations traduisent la volonté d’Israël d’imposer ses propres règles du jeu et de préparer le terrain politique et militaire à une nouvelle escalade, déjà largement relayée par les médias ennemis.

Si Washington s’efforce de diffuser une « atmosphère positive », la profondeur des divergences de fond bloque toujours toute véritable percée.

Malgré les longues heures de réunion ces deux derniers jours, les pourparlers n’ont débouché sur aucun résultat concret, parvenant tout juste à maintenir les canaux de communication ouverts pour éviter un effondrement du processus.

Sur le terrain comme dans les discours, ‘Israël’ tente d’imposer le troc « la banlieue sud contre les colonies », une approche fermement rejetée par le Hezbollah qui exige un cessez-le-feu global sur l’ensemble du territoire libanais.

De son côté, Washington insiste sur les progrès politiques et sécuritaires de ces négociations, censées aboutir à un accord global destiné à corriger les échecs des années passées au Liban-Sud.

Ce plan s’appuie sur un projet de « déclaration d’intentions » élaboré par les États-Unis, qui repose sur une double exigence : la pleine restauration de la souveraineté de l’État libanais sur son territoire en échange de garanties de sécurité majeures pour ‘Israël.

Cependant, cet objectif se heurte à trois points de friction majeurs :

-Le mécanisme de stabilisation d’un cessez-le-feu permanent sur tout le territoire.

-Le calendrier et les modalités du retrait des forces israéliennes des zones occupées ces derniers mois.

-Les dispositions sécuritaires post-conflit, notamment la question des armes, le déploiement de l’armée libanaise et le devenir des infrastructures militaires du Hezbollah.

Tentative américaine d’entrer dans le dossier de la reconstruction

Par ailleurs, Al-Akhbar a appris que la Chambre de commerce américaine pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord a discrètement invité des militants et des hommes d’affaires de l’État du Michigan à une réunion privée.

Officiellement, la rencontre porte sur « les efforts humanitaires et la reconstruction au Liban », animée par Bill Madrani. Ce dernier, d’origine libanaise, est le PDG de Cyclops, une entreprise de défense sous contrat avec le Pentagone, spécialisée dans les systèmes anti-drones, les communications et la surveillance.

Les organisateurs affirment que Madrani a reçu le feu vert pour acheminer de l’aide humanitaire dans les villages chrétiens frontaliers via l’armée libanaise, avant d’étendre ces mécanismes au reste du Sud.

En réalité, l’objectif sous-jacent est de positionner l’entreprise pour rafler les futurs contrats de reconstruction d’après-guerre, calqués sur le modèle déjà pensé pour Gaza.

Pour légitimer cette démarche, les organisateurs ont activement courtisé des figures de la communauté chiite du Michigan. Il est à noter que Cyclops s’appuie sur un réseau d’influence local connu pour son opposition frontale à la Résistance, incluant notamment la « Fondation René Moawad » et le « Groupe de travail américain pour le Liban ».

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar