vendredi, 03/07/2026   
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1 000 jours de guerre : la nouvelle doctrine d’Israël ne lui apporte pas la victoire

Par Yehya Dabouk

Trois ans avant le séisme du 7 octobre, plus précisément en octobre 2020, l’ancien président du Conseil de sécurité nationale israélien, Yaakov Amidror, a rédigé un document de recherche intitulé « Le concept de sécurité nationale de l’État d’Israël ». Il tentait d’y proposer un cadre théorique global pour les principes devant guider la politique de sécurité de l’État hébreu, adoptant une approche qui diffère de la règle classique selon laquelle la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens. Amidror soutenait en effet que la guerre doit être considérée, dans la pensée sécuritaire israélienne, comme une fin en soi, estimant que les objectifs stratégiques doivent être définis par ce que la force militaire accomplit sur le terrain, et non par ce qui résulte des négociations consécutives.

Bien que ce document n’ait pas reçu, jusqu’à aujourd’hui, l’approbation officielle du gouvernement ou de l’institution militaire, il reflétait clairement à l’époque la tendance intellectuelle dominante dans les cercles de prise de décision à Tel-Aviv, avant de devenir le pilier non déclaré des politiques d’Israël face aux « menaces » émergentes. Après mille jours d’adoption pratique de cette théorie, il est désormais possible d’évaluer son efficacité en tant que nouvelle doctrine de sécurité israélienne, sur la base des cinq principes sur lesquels elle repose :

1- La guerre est une fin, pas un moyen :

En vertu de ce principe, les réalisations militaires ne sont plus une carte utilisée dans les négociations pour être traduites en réalités politiques ; le résultat sur le terrain est devenu l’objectif final en soi. Ainsi, ‘Israël’ ne mène plus de guerres pour négocier en position de force, mais pour imposer une nouvelle réalité par la force brute, faisant de toute négociation ultérieure un simple mécanisme de consolidation de cette réalité.

2- Aucune confiance hors des armes :

Ce principe repose sur une conviction profonde de ne faire confiance à aucun accord politique avec quelque partie que ce soit, qu’elle soit un ennemi ou un allié. Le rejet par la nouvelle doctrine israélienne de l’idée de réaliser la sécurité par des garanties extérieures, la médiation de tiers ou des engagements internationaux s’appuie sur les échecs des accords précédents, d’Oslo à Camp David, jusqu’aux ententes de cessez-le-feu avec le Hamas et le Hezbollah.

3- Le terrain est la seule mesure du succès :

Le succès ou l’échec se mesure à la réalisation militaire directe sur le champ de bataille, et non aux accords conclus à la suite des combats. Dès lors, tout document signé à Washington ou toute résolution de l’ONU n’ont aucune valeur sans réalités de terrain imposées par les armes. Cela explique le refus de Tel-Aviv de tout arrangement n’incluant pas un contrôle militaire direct, et son insistance à conserver sa liberté d’action militaire, même en situation de cessez-le-feu.

4- L’autosuffisance :

Le quatrième principe découle d’une conviction quant à la capacité d’Israël à se défendre par ses propres forces, sans tabler sur une puissance extérieure au moment du choix existentiel. Bien que ce principe s’appuie sur l’héritage du fondateur de l’entité sioniste, David Ben Gourion, on s’emploie aujourd’hui à le faire renaître sous une forme nouvelle et plus radicale.

5- La guerre préventive et l’éradication :

Cette doctrine repose sur le fait que la meilleure méthode de défense consiste à déplacer la bataille sur le territoire de l’ennemi, par le biais de frappes préventives et d’incursions en profondeur dans les territoires des adversaires pour briser leur volonté, puis à contrôler une zone de sécurité étendue et profonde afin d’empêcher la répétition du séisme du 7 octobre 2023. C’est le principe le plus important qui régit la nouvelle doctrine de sécurité israélienne, même si cela se fait aux dépens des accords politiques, des négociations et de leurs avantages.

Selon ce principe, ‘Israël’ ne s’appuie pas sur la dissuasion comme élément décisif, mais sur l’éradication de la menace dans ses composantes matérielles et humaines, en ciblant toute capacité militaire en cours de formation et tout élément humain ayant la volonté de l’utiliser.

Cependant, à l’épreuve de la réalité et dans une perspective plus large, ‘Israël’ se trouve concrètement incapable d’appliquer cette doctrine, bien qu’il s’efforce de la mettre en œuvre. C’est là que réside le grand paradoxe : les faits sur le terrain ne cessent de prouver que cette nouvelle approche, devenue une doctrine adoptée sans contestation, est irréalisable. Non pas en raison de son inefficacité, mais parce qu’Israël manque de la capacité réelle de la traduire.

Le premier principe se heurte, par exemple, au fait qu’Israël ne peut pas poursuivre une guerre ouverte sans effondrement économique et social. Le deuxième principe, quant à lui, contredit la réalité de sa dépendance totale à l’égard des États-Unis – en armes, en munitions, en soutien diplomatique, et même en attaque et défense directes –, ce qui ne constitue pas un choix stratégique mais une nécessité existentielle. Cela s’est manifesté clairement dans le contexte iranien, où l’administration du président américain Donald Trump a imposé un cessez-le-feu, révélant la capacité limitée de Tel-Aviv à imposer sa volonté, même à son allié le plus proche, tandis que l’Iran a pu peser sur des théâtres plus lointains, comme en témoigne le lien établi entre lui et la scène libanaise.

Deux scénarios

Face à cela, la question suivante se pose : si mille jours de guerres ont révélé l’incapacité d’Israël à traduire sa doctrine de sécurité et à transformer des succès tactiques accumulés en réalisations stratégiques durables, que se passera-t-il dans la phase à venir ?

Le premier scénario, le plus réaliste, est que Tel-Aviv continue de s’accrocher théoriquement à cette doctrine tout en acceptant pragmatiquement les concessions que Washington lui impose. Par conséquent, ‘Israël’ continuera de mener des guerres limitées sous un plafond américain, acceptera un cessez-le-feu sur demande, puis reprendra les combats lorsque les conditions le permettront.

Le second scénario réside dans une reformulation de la doctrine de sécurité en adéquation avec les capacités réelles, ainsi que dans la reconnaissance du besoin de coordination avec les alliés et de l’incapacité d’Israël à mener de longues guerres sans perspective politique. Ce scénario est ce que la réalité du terrain imposera effectivement, mais sans annonce officielle, étant donné que Netanyahu et son gouvernement manquent de courage politique pour admettre l’échec de la nouvelle doctrine.

En réalité, toute reconnaissance de ce type signifierait implicitement l’aveu de la réussite palestinienne, puis de celle de l’Axe de la Résistance avec ses autres composantes, lequel a révélé les limites de la capacité de Tel-Aviv et la fragilité de sa nouvelle stratégie de sécurité, en dépit de toutes les mesures cruelles et sauvages qu’il a endurées.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar