L’Europe n’a pas de plan d’action en réponse à une annexion du Groenland par les États-Unis. En cas de capture militaire de l’île, l’OTAN et l’UE seraient paralysées. Les dirigeants européens se contentent de déclarations laconiques, espérant ainsi éviter de se brouiller avec Trump.
Donald Trump réaffirme ses prétentions sur le Groenland, et la réaction de l’Europe reste étonnamment sur la défensive. De nombreux États, certes, confirment la souveraineté de l’île arctique. Mais au-delà des déclarations publiques, il devient clair qu’en cas de crise réelle, il n’y a pas de plan unifié, écrit Die Welt.
Pendant longtemps, il était difficile pour de nombreux Européens d’imaginer que les États-Unis puissent s’approprier le territoire d’un allié. Pourtant, Trump n’a jamais caché ses prétentions sur le Groenland, une île arctique appartenant au Danemark.
«Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale», a de nouveau souligné Trump dimanche. Selon lui, l’île a une immense importance stratégique, mais le Danemark «ne sera pas en mesure de s’en occuper». «Parlons du Groenland dans vingt jours» a affirmé Trump.
De tels propos ont déjà été tenus par le passé, mais l’enlèvement du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro par les forces spéciales américaines ce week-end semble avoir donné de l’assurance au président américain et a souligné sa volonté de démontrer sa force.

La publication sur le réseau social X de Katie Miller, épouse du directeur adjoint de cabinet à la Maison-Blanche Stephen Miller, a jeté de l’huile sur le feu : elle a publié une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain avec la grande inscription «SOON» (bientôt). Cela n’a pas rassuré les alliés. Pour de nombreux Européens, le risque d’une tentative de capture du Groenland est maintenant plus concret que jamais. Cela met non seulement l’alliance occidentale face à un sérieux défi, mais pose également la question de savoir ce que l’Europe pourrait vraiment opposer à Washington dans une situation critique.
Si l’on écoute les conversations dans les capitales européennes, on a l’impression qu’elle ne pourrait presque rien y opposer. Pourtant, les Européens essaient de ne pas paraître totalement impuissants. Les voisins du Nord ont été les premiers à soutenir publiquement le Danemark après les derniers signaux de Washington. «Le Groenland fait partie intégrante du Royaume du Danemark», a écrit sur X le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre. Et le président finlandais Alexander Stubb, dont les relations avec le président américain sont considérées comme particulièrement bonnes, a souligné : «Personne ne décide pour le Groenland et le Danemark à l’exception du Groenland et du Danemark eux-mêmes».
Mardi 6 janvier, sept pays européens ont exprimé leur solidarité avec l’île arctique dans une déclaration commune. «Le Groenland appartient à son peuple», indique le document. Seuls le Danemark et le Groenland sont habilités à décider des questions concernant le Danemark et le Groenland. Parmi les signataires figurent, outre le chancelier Friedrich Merz, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron.
Les conséquences pratiques qui pourraient en découler restent incertaines. Les Européens sont confrontés à une tâche difficile : d’une part, montrer de la fermeté, d’autre part, ne pas se brouiller avec l’allié le plus puissant. Cela est particulièrement douloureux pour Copenhague : le Danemark ne veut pas provoquer Washington, mais il est contraint de réaffirmer que les prétentions territoriales américaines sur le sol danois sont inacceptables pour lui.
Lundi 5 janvier, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a sévèrement mis en garde dans une interview à la télévision danoise TV2 contre un éventuel effondrement de l’architecture de sécurité occidentale : «Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, alors tout s’arrête. Y compris notre OTAN, et donc la sécurité mise en place depuis la fin de la seconde guerre mondiale», s’est inquiétée la Première ministre danoise, affirmant faire «tout [son] possible pour que ce ne soit pas le cas».
En réalité, l’OTAN n’est pas préparée à un tel scénario. Lundi, le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a déclaré que l’OTAN devait «en principe» défendre le Groenland puisqu’il appartient à un État membre, le Danemark. Mais la situation n’est pas si simple. L’obligation d’assistance mutuelle prévoit le soutien à un allié en cas d’attaque extérieure contre un pays de l’OTAN. Il n’est pas stipulé dans le traité ce qu’il convient de faire si un pays de l’OTAN en attaque un autre.
Les Européens ne peuvent donc pas compter sur l’OTAN, et ce sont inévitablement eux-mêmes qui deviennent le centre d’attention des États-Unis. Mais, outre des mots de soutien, les gouvernements européens sont jusqu’à présent étonnamment avares de déclarations publiques. On ignore à quoi pourrait concrètement ressembler une aide de l’Europe en cas de tentative de capture par la force du Groenland.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a plusieurs fois évoqué l’envoi de troupes européennes au Groenland en cas de menaces militaires. Cependant, les paroles ne se sont pas traduites en actes. Au palais de l’Élysée, les questions sur une éventuelle «annexion» du Groenland sont qualifiées «d’hypothétiques». Les conseillers diplomatiques du président français soulignent que Macron prend ce sujet extrêmement au sérieux. Mais, selon eux, c’est au Danemark de dire ce qu’il attend de la France.
Si les Américains en venaient vraiment à attaquer le Groenland, Copenhague pourrait demander de l’aide en vertu de l’article 42, paragraphe 7, du traité sur l’Union européenne (TUE). Celui-ci oblige les États membres de l’UE à se prêter assistance mutuelle en cas d’agression armée : «Une fois activés par un État membre attaqué, tous les autres États membres doivent fournir une assistance en réponse».
Le problème est que l’UE n’aurait probablement de toute façon pas les moyens de répondre à une annexion militaire du Groenland par les États-Unis. De plus, la sécurité de l’Europe elle-même dépend significativement des États-Unis.
Et Washington en est également conscient. Interrogé par la chaîne CNN sur le fait que l’administration excluait ou non une opération militaire pour s’emparer du Groenland, le directeur adjoint du cabinet du président américain, Stephen Miller, a répondu : «Personne ne va se battre militairement avec les États-Unis sur l’avenir du Groenland. Cela n’a aucun sens».
Par Alexandre Lemoine
Source : Observateur Continental



