Le ministre des Affaires étrangères, Youssef Rajji, avait affirmé que le ministère est « revenu aux Libanais », mais les faits prouvent le contraire. Aucun de ses prédécesseurs n’a jamais instrumentalisé le ministère des Affaires étrangères au service de son parti ou de son mouvement politique, comme il le fait aujourd’hui au profit des Forces libanaises et de leurs soutiens régionaux et internationaux.
Rajji a bafoué les normes diplomatiques établies et son mandat ministériel encore non achevé a été marqué par une série d’erreurs répétées, depuis ses déclarations hâtives aux médias jusqu’à sa manière de se comporter avec ses homologues, notamment en tentant de créer de toutes pièces des crises diplomatiques avec des pays avec lesquels il entretient des rivalités personnelles et partisanes, même s’ils ne sont pas considérés comme des ennemis du Liban, comme l’Iran.
Le ministre semble être constamment sur le qui-vive, prêt à réagir à toute déclaration de la part des autorités iraniennes concernant le Liban, tout en ignorant délibérément les déclarations occidentales et arabes flagrantes qui portent atteinte à la souveraineté libanaise.
Il semble que Rajji ait décidé de hausser le ton. Après avoir incité à la destruction des armes de la résistance, il s’en prend désormais à sa base populaire, appelant de fait à laisser les gens se débrouiller seuls avec leurs maisons détruites, sans espoir de retour ni de reconstruction.
Rajji refuse le reconstruction des zones sinistrées
Les propos de Rajji ont été tenus lors de sa participation à distance à un forum organisé il y a une dizaine de jours par le Washington Institute for Near East Policy, connu pour ses positions pro israéliennes, et ce en présence de l’ancien ambassadeur américain Dennis Ross, de Hanin Ghaddar et de Robert Satloff, directeur exécutif de l’Institut.
Il y a explicitement mis en garde contre tout soutien à la reconstruction des zones sinistrées et au retour des habitants chez eux. À ses yeux, entamer la reconstruction maintenant est « absurde ».
Selon lui « Riyad a manifesté un intérêt renouvelé pour le soutien financier au redressement et à la reconstruction du Liban », mais a rapidement ajouté que « la reconstruction à l’heure actuelle est absurde et prématurée », arguant que « le Hezbollah cherche toujours à détruire Israël, tandis qu’Israël n’a pas encore fini de cibler le Hezbollah ».
Rajji a ajouté que « l’Arabie saoudite a conditionné l’aide au Liban à deux éléments essentiels : le désarmement du Hezbollah et la mise en œuvre de réformes économiques », inscrivant ainsi la reconstruction dans le cadre des enjeux politiques et sécuritaires extérieurs, plutôt que dans une priorité humanitaire ou nationale liée au droit du peuple libanais à rentrer chez lui.
Rajji a déclaré que « la priorité absolue du gouvernement est le désarmement du Hezbollah », estimant que « l’armée libanaise est pleinement capable d’affronter militairement ce parti si nécessaire ». Il existe « un consensus entre le gouvernement et le peuple sur le fait que le Hezbollah est une organisation militaire illégale et qu’il doit être désarmé et démantelé », selon ses propres termes.
Reprenant les accusations israéliennes, il a déclaré que « le Hezbollah mise sur le gain de temps pour réorganiser ses rangs et maintenir sa domination sur le pays ».
« Un ancien milicien hostile à l’armée »
Cette déclaration a suscité une réaction du député du bloc de la Résistance Hassan Fadlallah, qui a affirmé : « Il est clair que le ministre, qui est un ancien milicien ayant participé à la guerre civile contre le peuple libanais, ne fait aucune distinction entre son appartenance au Conseil militaire (de cette milice) et sa fonction comme membre du gouvernement.»
Il a ajouté : « Rajji est toujours imprégné de la culture de guerre qui lui a été inculquée au sein de son parti, dont la spécialité était d’anéantir l’armée nationale libanaise et qui continue de saisir la moindre occasion de s’en prendre à elle, à l’État et au peuple libanais. »
Par Maysam Rizk
Source: Traduit d’Al-Akhbar






