Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré lors d’un entretien ce vendredi 9 janvier avec la chaîne Al-Manar que la situation générale en Iran est bonne, tout en reconnaissant les problèmes persistants liés aux sanctions occidentales et à des points faibles au niveau économique.
Des agents du Mossad parmi les manifestants
« Des manifestations et des protestations ont lieu en Iran, ce qui est nécessaire à tout gouvernement fondé sur la souveraineté populaire et la démocratie ; le peuple doit pouvoir exprimer ses protestations et ses plaintes, et c’est ce qui se fait actuellement », a expliqué M.Araghchi.
Et de souligner : « Parallèlement à ces manifestations, certains éléments se livrent à des émeutes, attaquent des lieux publics et provoquent des incendies. Ce mouvement doit, selon nous, être examiné et analysé en profondeur ».
« Le gouvernement du président Pezeshkian s’efforce de gérer avec sagesse la question des manifestations et des émeutes, en écoutant les plaintes légitimes de la population et en cherchant des solutions ».
Il a noté que « des responsables du régime sioniste reconnaissent eux-mêmes, dans divers tweets et interviews, que des agents du Mossad sont présents à Téhéran et dans tout le pays et sont impliqués dans ces manifestations ».
«Pompeo, ancien directeur de la CIA sous la première présidence de M. Trump, a publié un tweet souhaitant une bonne année aux Iraniens dans les rues et aux agents du Mossad qui les accompagnent. Il n’y a pas d’aveu plus clair que celui-ci : les agents de la CIA et du Mossad s’ingèrent dans nos affaires », a-t-il ajouté.
Politique US de deux poids, deux mesures
Hier, aux États-Unis, la police de l’immigration a abattu une femme de 37 ans, et le président américain a aussitôt déclaré que les policiers avaient agi en légitime défense.
Ce deux poids, deux mesures est frappant. Alors que la police iranienne, non armée face aux manifestants, est critiquée et ses actions remises en question, aux États-Unis, la police tue ouvertement des gens et invoque la légitime défense.
La guerre israélo-US contre l’Iran
S’agissant de la guerre israélo-US de 12 jours lancé contre l’Iran en juin 2025, M.Araghchi a évoqué l’échec des objectifs de cette agression contre son pays.
« Nos forces armées ont maintenu leur niveau de préparation et ont défendu avec une grande vigueur, contraignant finalement l’adversaire à réclamer un cessez-le-feu ».
« Si l’attaque surprise avait réussi, elle aurait entraîné la défaite de l’Iran. Or, l’Iran n’a pas été vaincu et n’a pas atteint ses objectifs. Le même scénario s’est produit au Liban : malgré les frappes contre le Hezbollah, ce dernier a tenu bon pendant 66 jours et a contraint l’ennemi à un cessez-le-feu ».
Et de renchérir: « Nous ne faisons que nous défendre, et cette défense est légitime. Nous ne sommes pas des agresseurs, nous ne déclenchons pas de guerres, mais nous nous défendons très efficacement. On peut dire qu’après la guerre des douze jours, nos forces armées ont été largement reconstruites et nos capacités militaires considérablement rétablies ».
Concernant notre programme nucléaire pacifique, « il faut reconnaître que certains bâtiments ont été détruits et que des machines et des centrifugeuses ont été endommagées. Cependant, la technologie ne peut être anéantie par des bombardements.
Cette technologie a été acquise en Iran par nos propres scientifiques ; il ne s’agit pas d’un savoir-faire importé destiné à être détruit par quelques frappes aériennes. Ce savoir-faire existe et est indestructible.
Quant à nos capacités balistiques, premièrement, elles n’ont pas subi de dommages importants pendant la guerre, et tous les dégâts ont été réparés ».
Téhéran pleinement préparé à se défendre
Le chef de la diplomatie iranienne a poursuivi : « Notre situation militaire et défensive est bien meilleure qu’auparavant. Nous avons identifié nos faiblesses et celles de notre ennemi, et nous avons remédié à nos faiblesses.
Nous sommes pleinement préparés à nous défendre. J’ajouterai un point : être pleinement opérationnel ne signifie pas que nous souhaitons la guerre.
Au contraire, pour l’éviter, nous devons être pleinement prêts à combattre, et c’est ce que nous avons fait en Iran. Je crois que c’est cette capacité de riposte iranienne qui a poussé les États-Unis et le régime israélien à demander un cessez-le-feu le douzième jour de la guerre. Le facteur qui les empêchera de revivre une telle expérience est le maintien de la capacité opérationnelle de nos forces.
De toute façon, dans toute guerre, il peut y avoir des faiblesses et des lacunes, mais aussi des atouts qu’il convient d’identifier. Nos missiles et nos armes ont été utilisés et testés pour la première fois en situation de conflit réel, et aucune arme n’est exempte de faiblesses, sauf en situation de conflit réel ».
Négociations de l’Iran avec les USA
Concernant les négociations, M.Araghchi a souligné que « l’issue des négociations ne peut être imposée avant même qu’elles n’aient commencé. Ce serait faire preuve de dictature, d’arrogance et de cupidité. Les négociations se déroulent dans un esprit d’intérêt mutuel, les deux parties s’engageant dans cette voie.»
Et d’ajouter: « Bien entendu, nous ne négocions ni notre programme de missiles ni les questions régionales, et la raison en est simple : notre programme de missiles relève de la défense, et aucun pays ne fait de compromis en matière de sécurité et d’autodéfense. Les questions régionales concernent également la région elle-même.»
Il a insisté sur le fait que « notre programme nucléaire est pacifique et le restera. Si certains ont des doutes, nous sommes prêts à dialoguer pour les dissiper, à négocier et à instaurer la confiance. En contrepartie, notre droit à l’enrichissement et à l’énergie nucléaire pacifique, y compris l’enrichissement, doit être reconnu, et les sanctions doivent être levées. »
M.Araghchi a en outre révélé que « plusieurs pays cherchent à jouer un rôle de médiateurs, nous transmettant des messages », et que des échanges directs entre lui et l’envoyé US Steve Witkoff sont également en cours.
Relations de l’Iran avec le Liban
Concernant les relations avec le Liban et sa visite à Beyrouth, M. Araghchi a déclaré : « Mes visites au Liban ont toujours été régulières et, comme les autres pays de la région, nous exigeons son indépendance totale, la préservation de son intégrité territoriale et de son unité nationale.»
« Nous exigeons la fin de l’occupation et le maintien de la pleine indépendance du Liban, et je crois que le Liban s’oriente dans cette direction. Nous espérons que les complots et les menaces de l’entité sioniste cesseront. Nous pouvons avoir des divergences d’opinion quant à la réponse à apporter à ces complots et menaces, mais en fin de compte, la décision appartiendra au Liban », a-t-il fait savoir.
Et de poursuivre: « Au cours de cette visite, je souhaite dynamiser les autres dimensions de la coopération entre nos deux pays, notamment dans le domaine économique. Le Liban et l’Iran sont confrontés à des difficultés économiques, et nous sommes convaincus que le commerce et la coopération entre nos deux pays seront bénéfiques à nos deux peuples.»
Il a indiqué qu’à l’occasion de sa rencontre avec le ministre libanais de l’Économie, il s’était félicité du développement des relations bilatérales, comparable à celles qui existent entre tous les autres pays du monde.
Concernant sa rencontre avec son homologue libanais, il a déclaré : « En réalité, l’initiative de cette rencontre vient de mon collègue, Joe Raggi. C’est lui qui a proposé l’idée d’un dialogue entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays et qui a demandé que ces discussions se tiennent dans un pays neutre. J’ai répondu que j’étais et avais toujours été prêt au dialogue, mais uniquement pour faire progresser les relations bilatérales entre nos deux pays, et non pour m’immiscer dans les affaires intérieures du Liban. Je lui ai également précisé que nous sommes deux pays amis, liés diplomatiquement, et qu’il n’est pas nécessaire de recourir à un pays neutre.»
« Nous avons eu ces conversations à plusieurs reprises et, finalement, je lui ai dit que je l’accueillerais volontiers à Téhéran, mais que s’il ne souhaitait pas venir, j’étais prêt à me rendre à Beyrouth pour les pourparlers. Il a accepté cette proposition ».
Agression US contre le Venezuela
Et puis en ce qui concerne l’agression américaine contre le Venezuela, M.Araghchi a déclaré : « Qu’un pays se permette d’agir à sa guise où que ce soit, au mépris de la communauté internationale et du droit international, est extrêmement dangereux. L’immense majorité des nations du monde ont condamné cet acte ».
Et d’avertir : « Il s’agit ni plus ni moins de la loi de la jungle : celui qui détient le plus de pouvoir peut assassiner qui il veut, bombarder où bon lui semble, kidnapper et pirater qui bon lui semble. Si nous persistons dans cette voie, l’ordre international pourrait s’effondrer ».
« Hier soir, les États-Unis ont annoncé leur retrait de 66 organisations internationales. Cela signifie la suppression de toutes les normes établies dans les relations internationales. Ils transforment les relations internationales, qui reposent sur le droit, en relations fondées sur la force, et c’est dangereux pour tous », a également noté le ministre iranien.
Et de rappeler: « Ce fut d’abord l’Iran, puis le Venezuela. Ils ont échoué en Iran. Ils voulaient faire la même chose en Iran ; ils pensaient pouvoir forcer l’Iran à capituler en trois jours, mais ils n’y sont pas parvenus. »
Relations de l’Iran avec la Syrie
Au sujet de la Syrie, le ministre iranien a affirmé que « son pays n’entretient pas actuellement des relations diplomatiques avec Damas. « Nous ne sommes pas pressés d’en établir. Nous attendons que le nouveau gouvernement syrien parvienne à une certaine stabilité et décide lui-même de l’opportunité d’une relation fructueuse avec l’Iran ».
« Parallèlement, nous soutenons l’unité de la Syrie, nous soutenons la stabilité du pays, nous nous opposons à sa division et nous soutenons son intégrité territoriale.»
Il a dans ce contexte rappelé que « l’Iran s’oppose à l’occupation et exige la fin de l’occupation israélienne des territoires syriens. »
Source: AlManar






